Ray Barbee, la conversation #archive

RAY BARBEE TRAVERSE LES ÉPOQUES LE SOURIRE AUX LÈVRES. SKATER TALENTUEUX DE LA FIN DES ANNÉES 80, RECONNU POUR SON STYLE FLUIDE ET NATUREL, IL A ENSUITE PRIS LE CHEMIN DE LA MUSIQUE POUR S’EXPRIMER. UNE SIMPLE GUITARE LUI A SUFFI, DEPUIS IL ENCHAÎNE LES PROJETS ET LES CONCERTS.

A UN COIN DE TABLE AVEC UN JUS D’ORANGE ET SON LEICA EN BANDOULIÈRE, C’EST LE PLUS HEUREUX DES HOMMES, MÊME S’IL EST CONSTAMMENT TRACASSÉ PAR DES PROBLÈMES TECHNIQUES CONCERNANT LA PHOTOGRAPHIE ARGENTIQUE.

 

*Dans un magazine de skate français du début des années 90 [Noway numéro 2 – ndlr], tu y avais une interview et tu parlais de The Bangles, un groupe que tu adorais, la musique était déjà très importante pour toi…

Ah ok, c’est marrant ! J’ai grandi en faisant du skate et j’ai toujours écouté beaucoup de musique, et encore plus quand je me suis mis à en faire. C’est vrai que j’ai eu une période où j’écoutais beaucoup de groupes comme The Gogo’s, Siouxsie & the banshees, ce groupe d’Angleterre The Primitives, et The Bangles. J’aimais vraiment ce qu’elles faisaient, c’était le début des groupes de filles, elles étaient en avance sur leur temps. Il y avait un air des 60’s dans leurs chansons, c’était vraiment très pop.

 

*Tu écoutes toujours The Bangles ?

Oui, et quand j’en parle à des gens, ils sont toujours étonnés ! La musique change et j’aime écouter de nouvelles choses, mais je reste fidèle à mes goûts, à ce que j’écoutais avant. Il y a aussi un effet de mode avec la musique je crois, un peu comme les petites roues dans le skate dans les années 90, il y a une tendance et on la suit. Je pourrais toujours écouter The Bangles, ça me ramènera à une période de ma vie, c’est tout. Si je suis honnête, je te dirai que ce n’est pas un Cd que je mets tous les jours dans ma platine, mais quand j’entends ce groupe, ça me fait toujours plaisir.

 

*Comment en es-tu venu à jouer de la guitare ?

Au milieu des 80, j’étais en 5th grade [vers 10/11 ans. – ndlr.], j’étais porté sur le rock et j’écoutais la radio, puis quand MTV est arrivé, on pouvait y voir des gens jouer de la musique. Il n’y avait pas tant de clips que ça, mais surtout des concerts filmés. On pouvait donc voir les groupes jouer en live et ça m’a donné envie, surtout à cause du guitariste, qui était le héros du groupe avec le chanteur, et il avait des solos !

L’énergie et le son, je trouvais que la guitare était cool, j’ai toujours aimé cet instrument, et puis je ne connaissais personne qui en avait une, ça me paraissait être inatteignable. Quand j’ai commencé à faire du skate, j’ai rencontré des gars qui jouaient dans un groupe de punk et c’est comme ça que j’ai eu l’occasion de pouvoir toucher une guitare, puis d’apprendre à en jouer.

 

*Tu as appris tout seul ?

Oui, en écoutant mes amis et en apprenant à jouer du punk. J’écoutais beaucoup de disques et j’essayais de rejouer des parties, je n’ai jamais pris de leçons.

 

« J’écoutais beaucoup AC/DC et Angus Young était mon héros ! »

 

*Qui était ton guitariste favori à cette époque ?

Quand j’étais en 5th grade, j’écoutais beaucoup AC/DC et Angus Young était mon héros !

 

*A quel moment c’est devenu sérieux pour toi la musique ?

Hmm… je ne sais pas, ça a toujours été présent dans ma vie. J’ai toujours joué de la musique, c’était une activité en plus du skate. Quand je suis allé au collège, un pote m’a demandé de jouer dans son groupe, on a commencé à jamer, et je crois que c’est à ce moment-là que c’est devenu une activité plus importante. Quand le groupe a splitté, j’ai continué à jouer plus ou moins tout seul. J’ai alors commencé à apprendre de nouvelles choses, à sortir du punk, à m’ouvrir l’esprit…

Et puis tu as toujours un pote qui joue de la batterie, un autre qui a une basse, on se regroupait pour jouer ensemble, juste pour le plaisir. D’où je viens, le sud de la Californie, il fait très chaud, donc on jouait la journée et on skatait le soir. Après le lycée, j’avais plus de temps car je ne faisais que du skate, donc j’ai progressé… J’étais pro skater, je ne suis pas allé à la fac et je voyageais pas mal, donc quand j’étais à la maison, je jouais de la musique.

 

*Comment as-tu rencontré Thomas Campbell ? [Photographe, peintre, cinéaste et à la base du label Galaxia – ndlr]

Je devais être en tour avec Vans, avec Frank Gerwer, et il y avait ce photographe Joe Brook [le photographe de Slap, le magazine de San Francisco devenu un site Internet – ndlr]. Joe était un pote de Thomas et il m’a parlé de son label, Galaxia, qui avait sorti un album de Tommy Guerrero, que j’ai entendu pour la première fois pendant cette tournée. Tommy savait que je jouais de la musique et il m’avait demandé de lui envoyer quelques titres pour la vidéo 40’s, qui était sa marque de vêtements.

Je lui ai envoyé une cassette, il a utilisé quelques titres et il l’a envoyée à Thomas, qui m’a contacté, car il finissait son premier film de surf, The Seedling. Il m’a demandé s’il pouvait utiliser un titre. Quand on a passé du temps ensemble, il m’a dit que l’on pourrait aller plus loin, que l’on pourrait sortir un Ep… c’est comme ça que tout est arrivé.

 

*Tu jouais avec Tommy Guerrero ?

Oui, quand je ridais pour Powell. On allait chez Tommy avec Lance Mountain, à San Francisco. Et c’est arrivé que l’on jam ensemble et peut-être même que Lance était à la batterie !

 

*Pourquoi tu joues en solo aujourd’hui ?

Disons qu’il y a plusieurs configurations possibles pour moi. Tout seul sur scène, j’enregistre quelques notes que je mets en boucle et je joue par-dessus ; il y a le groupe Blacktop project que je fais avec Tommy Guerrero, Chuck Treece et Matt Rodriguez, on a sorti l’album Lane Change et un Ep éponyme. On joue à des événements de skate ou on fait des petites tournées, surtout sur la côte Est des États-Unis. Et il y a le groupe avec The Mattson II, on a fait un album ensemble et un tour au Japon. On va jouer aux Pays-Bas pour un festival de film et à Delmar pour la première du nouveau film de surf de Thomas. On doit aussi jouer pour le vernissage de son exposition à Copenhague.

 

*Tu peux nous parler un peu plus des Mattson II ?

Micah Mattson skatait pour Jamie Thomas et Zero, et The Mattson II, Jonathan et Jerry, sont ses frères. Thomas les a rencontrés via Micah, et moi via Thomas. On a joué lors du vernissage de l’exposition Beautiful Losers à Los Angeles, mais séparément. Quand je les ai vus jouer, j’ai trouvé qu’ils étaient incroyables ! ça m’a complètement retourné ! Ils devaient avoir 15/16 ans, on avait l’impression qu’ils venaient d’un autre temps, leur approche et leur manière de jouer étaient très étonnantes. Ils avaient des manières de musiciens des années 50, comme Wes Montgomery, Grant Green, Tal Farlow, Joe Pass

Depuis un moment Thomas souhaitait que l’on collabore, mais les Mattson ont vraiment leur style, c’est plutôt classique et ça ne convenait pas trop à ce que je faisais. Finalement on a trouvé un compromis, pas si loin du jazz et en se rapprochant de ce que j’ai fait pour Galaxia. On a toujours parlé de faire un album ensemble et finalement c’est arrivé ! Ce sont des gars que j’aime énormément, on prend beaucoup de plaisir à jouer ensemble.

 

*C’est un disque de jazz cet album en commun ?

Non… car je ne vient pas du jazz pur, mais j’écoute beaucoup de jazz. Les Mattson, eux, viennent du jazz pur, ils ont d’ailleurs fait une école de musique. Moi, je viens du punk et j’ai appris à jouer seul. On a réussi à trouver un terrain d’entente, on pourrait dire jazz, mais pour quelqu’un qui écoute vraiment du jazz, ça sonnera autrement…

 

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*Quels sont tes projets dans un avenir proche ?

Je bosse sur un nouvel album pour Galaxia et j’espère que je vais enregistrer bientôt. Je prépare une interview pour The Skateboard Mag, et avec Chad Tim Tim, Darrell Stanton, Levy Brown et Mike Vallely, on travaille pour une vidéo Element. Et je vais fêter mes 20 ans en tant que pro pour Vans ! On va sortir trois chaussures, celles que j’ai préférées pendant ces 20 années,et je vais avoir une nouvelle planche dessinée par Sean Cliver

 

*Avec le pantin ?!

Oui, avec le ragdoll, une nouvelle version, ça devrait sortir en fin d’année chez Element

 

*Que penses-tu du skate d’aujourd’hui ?

C’est incroyable ! Le niveau est si incroyable !

 

« Sur la liste, il y avait ollie et kick-flip, c’est tout ! C’était à nous d’ajouter des noms dessus ! »

 

 

*Tu pensais que le skate atteindrait ce niveau ?

Oui… oui, car j’ai toujours eu la sensation que le skate progresserait sans arrêt. La nature même du skate fait que les gens poussent tout le temps plus loin sa pratique, et je ne serais pas surpris dans dix ans que ce soit encore plus dingue ! Je ne suis pas surpris, au contraire, et je suis très content de la tournure que ça prend. La pratique du street n’a pas vraiment changé, ça a juste été optimisé, de nouveaux territoires ont permis de nouvelles pratiques.

Quand j’ai commencé, c’était une période où la rampe était très importante. C’est par là que j’ai commencé le skate, il y avait une liste de figures qu’il fallait apprendre absolument, donc j’ai appris le rock & roll, le fifty-fifty, le fakie ollie, l’invert… et tu devais rayer les figures de ta petite liste… puis le street est arrivé, c’était complètement nouveau, le territoire était vierge, sur la liste, il y avait ollie et kick-flip, c’est tout !

C’était à nous d’ajouter des noms dessus ! Je crois que les jeunes qui commencent le skate aujourd’hui n’auront pas ce genre d’expériences avec le skate. Ils ont une pratique qui est immédiate, ils voient une figure et ils la font. Nous, on n’avait jamais vu personne faire des figures, donc on devait essayer, penser à ce qui pouvait arriver, ça faisait parfois peur, car on ne savait pas quel serait le résultat.

Aujourd’hui, tu sais exactement ce que ça va donner si tu essaies une figure, car tu auras vu au moins dix personnes la faire. Ça permet d’être plus créatif, car tu n’as plus besoin de réfléchir à de nouvelles figures, tu dois juste les adapter à de nouveaux obstacles !

A l’époque de Powell, dans les années 80 et 90, un gars qui était à l’aise sur un rail, c’était un gars qui maitrisait sa planche. Aujourd’hui, c’est parfois le contraire ! Les jeunes sont capable de faire un crooked grind ou un backside lipslide sur 12 marches, mais ils auront des difficultés à faire un kick-flip au sol. Le processus est inversé aujourd’hui, les skaters apprennent à faire des rails, puis un jour ils reviennent aux bases et ils apprennent à contrôler leur board !

 

*Le skate c’était mieux avant ?!

Non ! Je crois que le skate, c’est comme prendre le train. Un train qui irait de Los Angeles au Canada. Tu montes où tu veux et quand tu veux, c’est tout… L’important c’est de le prendre ce train ! et selon l’endroit où tu montes, tu as plus ou moins d’affection pour le skate, mais ça, c’est mon avis personnel. Je suis content d’avoir fait ce voyage, car j’ai eu beaucoup de plaisir à pratiquer le skate et je suis très content de mon parcours.

 

*Tu acceptes d’être le père du style avec un grand S ?

Non ! je n’approuve pas du tout cette théorie !

 

« Dieu nous a donné des possibilités et on doit s’y tenir… »

 

*Tu pensais au style quand tu faisais du skate dans les années 90 ? C’était une chose dont tu avais conscience ?

Non, et je crois que c’est comme pour la musique ; je fais de la musique instrumentale car je ne sais pas chanter ! Ce que je veux dire par là, c’est que de toutes façons, un chanteur ne pourra pas avoir tous les tons dans la voix, il ne pourra pas tout chanter, donc il faut s’en tenir ce que l’on peut faire. Dieu nous a donné des possibilités et on doit s’y tenir, et je crois que c’est la même chose pour le skate. J’en ai fait car c’était drôle et rigolo et grâce à Dieu, j’ai eu un truc en plus et on m’a reconnu en tant que smooth, ce n’était pas conscient tout ça.

 

*Souvent les musiciens éprouvent le désir de chanter, c’est ton cas ?

Non, car je n’ai pas de style avec ma voix ! Mais j’ai déjà essayé. On a enregistré quelques titres sur lesquels je chante, mais ça n’était pas très convaincant et je crois que je n’en ai pas vraiment envie… Par contre sur mon prochain album des gens chanteront, mais je ne peux pas dire qui pour l’instant !