Mr. Flash, les débuts…

90’s are over

 

Mr. Flash a débarqué sur la scène musicale française à la fin des années 90, il était Flash Gordon à l’époque, le héros tout droit sorti des années 30, dont la mission était de sauver la terre. Il est remarqué pour son travail de production auprès du groupe TTC, avant avant d’être la première signature de Pedro Winter sur son label naissant, Ed Banger.

Mr. Flash se fait rare, mais sort quelques bons tracks de temps en temps. C’est electro et kitsch, des instrumentaux langoureux modernes réalisés avec du clavier vintage et des samples de disques rares. On en sait peu sur ce personnage, dont le nom revient souvent, nous en avons parlé ici et ici. Selon des gens bien informés, il produirait le prochain album de Sébastien Tellier, ça risque d’être libidineux.

 

* Ton nom est apparu avec TTC, à la fin des années 90, qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

Ça m’a permis de comprendre comment on fait un disque, tout simplement. Le premier disque, je l’ai fait avec eux, c’était le maxi Game Over 99. Ça nous a permis à tous de savoir comment on enregistre en studio, le processus de création d’un disque. On était tout frais, on ne connaissait rien à l’industrie musicale, c’était plutôt cool, c’est un bon moyen d’apprendre, j’en retire une bonne expérience.

 

 

Quand on s’est rencontré avec TTC, le paysage du rap français, pour être clair, nous fatiguait. Il n’y avait rien qui nous intéressait, on avait envie de proposer quelque chose de différent, sans prétention aucune. On avait des velléités artistiques pour aller ailleurs et explorer de nouvelles choses. C’est tombé à un bon moment, je travaillais pour Delabel, je faisais déjà de la musique, et j’ai rencontré TTC car on habitait dans le même quartier. La rencontre s’est fait un peu comme ça, on avait les mêmes envies au même moment… J’avais une petite expérience des maisons de disques, j’avais donc une vision du processus de création d’un disque, donc on a réuni tout ça, et on a fait Game Over 99

 

* Ça a été une révélation de les rencontrer ?

J’ai toujours voulu faire de la musique différente par rapport au courant actuel, c’était ça l’idée, à la base quand on s’est rencontré. Je n’écoutais rien en rap français, ça ne me plaisait pas. J’étais plus dans des trucs comme Company Flow, ou le rap alternatif avec des fusion de rock, psyché. On avait envie d’aller dans ce sens-là, d’infuser un peu plus d’électronique aussi, c’était ce que le rap était, c’était des samples de disques de soul et de jazz, ce qui était cool dans l’absolu, mais nous ce n’est pas ce que l’on voulait faire.

La rencontre s’est faite dans l’appartement d’un pote, dans lequel il faisait des soirées open-mic. Je passais, les mecs faisaient des soirées toutes les nuits, le mec passait toute sa thune à acheter les disques de rap qui sortaient, tous les maxis, et tout le milieu du rap underground parisien passait par l’appart de ce gars-là dans le 15ème ! Et un soir, Tido était là, on a commencé à blaguer ensemble, le courant est bien passé, puis j’ai rencontré Julien et Alex [Tekilatex et Cuizinier – ndlr], on habitait le même quartier.

 

* Le premier album de TTC a eu un succès mitigé, et pas mal de détracteurs, tu éprouves de la rancœur par rapport à tout ça, de l’incompréhension ?

Je n’ai pas de rancœur à avoir, je suis juste un des gars qui a participé à ce projet. J’ai participé à ce projet en le produisant, je ne suis pas TTC, à la limite, cette question il faudrait que tu la poses à Julien… [Julien, si tu m’entends… – ndlr] Ce n’est pas de la rancœur, c’est juste que quand TTC s’est pointé avec cet album, c’était un ovni dans le paysage rap français, à l’époque on écoutait IAM, Saian Supa Crew, NTM… Les gens de maisons de disques n’étaient pas du tout près à écouter ce genre de rap, et je me rappelle qu’à l’époque, pour les gens du milieu du rap, ce que l’on faisait c’était de la techno, ça n’était pas du rap !

Ce qui finalement nous a fait doucement rire, on ne l’a pas inventé ce truc-là, des gens comme Company Flow ou Antipop Consortium l’on fait bien avant, et tu peux même remonter plus loin, le rap electro minimal, ça existe depuis longtemps. On entendait dire que c’était de la techno, puis tout le monde s’engouffre dans le truc, naturellement, alors que c’est pour moi naturel de mélanger les styles, et d’avoir no limite. Ce n’est que de la musique, si c’est bien, c’est bien, si ça n’est pas bien, ça n’est pas bien.

Tu as le droit de sampler du rock, et ça a plu à une frange de la population à un moment, qui s’est plus retrouvé là-dedans que dans la Native Tongue et A Tribe Called Quest. Je pense que Tribe, c’est devenu un rap de ghetto intellectuel, comme Mos Def, et des blancs californiens ce sont dits c’est cool, mais on aimerait bien créer notre truc, et ils se sont mis à faire un rap dépressif et suicidaire, et des gens comme Anticon et Buck 65 sont arrivés. Je trouve ça cool, il n’y a pas de règles !

 

* Ça a été une sacré polémique à la sortie, en plus vous étiez signés à l’étranger…

Oui, et pour être très clair, quand on a proposé le projet en France, personne n’était intéressé pour le sortir. Comme nul n’est prophète dans son pays, on est allé voir ailleurs, là où les choses peuvent bouger ; donc j’ai parlé à Julien de Ninja Tune, qui produisait et sortait des trucs improbables. Qui ne tente rien n’a rien, donc je suis allé à Londres avec les maquettes sous bras…

 

* De ton expérience chez Delabel, c’était improbable de signer en France ?

C’est clair, je pense que les maisons de disques ne voyaient pas l’intérêt de TTC, ils s’en foutaient, après peu importe, ça ne s’est pas fait ici, mais en Angleterre. Quand je me suis pointé chez Ninja avec le disque sous le bras, les mecs m’ont balancé à la gueule : « Si tu viens nous voir avec un rap à la IAM ou NTM, ça ne nous intéresse pas, le rap français nous fait chier ! », ça te met déjà dans une ambiance très bonne pour négocier !

Et ça te donne une idée de ce qu’était le rap français à l’époque, sans le dénigrer, puisque de toute façon, il y a de la place pour tout le monde. ça donne aussi une vision de la politique de Ninja Tune, et de ce qu’ils voulaient sortir, c’était un peu des brigands, qui proposaient des choses différentes. C’était des outsiders et ça plaisait à un certain nombre de gens, donc moi je me suis dit : « Banco, allons-y… », et ça a marché…

 

* Vous avez eu carte blanche ?

Aucune revendication de la part de Ninja Tune, on a eu carte blanche totale. Ils n’avaient même pas de liaison en France, ils nous ont donné une enveloppe de cash et ils nous ont dit : « enregistrez un album, vous avez le temps… », c’était une enveloppe de rien du tout, mais c’était la totale liberté créative, ce qui est cool. Ça a été très compliqué, mais c’était cool d’avoir cette liberté artistique totale, on avait pas mal de morceaux et d’idées, ça c’est donc fait un peu laborieusement, mais ça s’est fait…

 

* Tu réécoutes l’album Ceci n’est pas un disque ?

Oui, carrément, j’adore cet album, et pour moi les meilleures phases de la terre de TTC sont sur ce disque. Les mecs ont balancé des trucs qui sont complètement dingues, d’un très bon niveau. Je pense qu’il y avait aussi le fait que l’album a été fait dans l’urgence, personne n’avait rien fait auparavant, il y avait l’envie, la motivation, l’énergie, c’est un peu comme quand on te file les clefs de la bagnole pour la première fois !

Ce truc-là, c’est quelque chose que je ressens sur cet album. De la spontanéité, la mienne, en même temps, c’est difficile d’avoir un avis objectif là-dessus…

 

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* Ensuite, tu es passé à autre chose…

Dans l’absolu, je n’étais pas un membre de TTC, moi j’avais envie depuis le début de faire mes propres trucs. La suite ça a été le disque Le Voyage Fantastique, j’ai rencontré Mike Ladd, un peu de manière fortuite, via un pote qui a un studio. On a passé une nuit à picoler, comme des merdes, et à refaire le monde, et j’avais sur une DAT – une DAT ! – des instru.

J’avais l’envie de développer cette idée du voyage fantastique, Mike Ladd a trouvé ça mortel, on s’est pointé en studio, et il a fait 40 minutes de freestyle sur un article de journal moisi sur Rita Marley qu’il y avait par terre, d’ailleurs on s’est revu il n’y a pas longtemps au concert de Mos Def et on en a reparlé, il ne se souvenait plus du délire. On était mort, mais c’était drôle !

 


De cette improvisation-là, on a fait un mash-up de ce qu’il disait et est né Le Voyage Fantastique, ça a été mon premier truc seul ; un 45 tours, avec une face avec Mike Ladd, et l’autre avec Julien / Teki et Mohamed / Hi-Tekk de La Caution. J’ai fait ce truc-là, c’était ce que j’avais envie de faire, d’avoir un personnage, dans le cadre de mon projet artistique global, de balancer des trucs que j’avais envie de faire musicalement.

 

À ce moment-là, j’avais un agent et j’ai eu envie de changer, et j’ai rencontré Pedro [Winter – ndlr], par l’intermédiaire des Svinkels, dont il était l’agent. Je lui ai dit que je cherchais un manager, il m’a dit qu’il arrêtait de s’occuper de gens pour monter un label, j’avais un CD de beats, je lui ai laissé, et il m’a appelé quelques jours plus tard pour me dire qu’il souhaitait me signer en tant qu’artiste, et sortir le premier maxi, avec en face B, Zdar de Cassius, oui c’est cool merci, au revoir !

Finalement, je me dis que les choses se sont faites naturellement. Paris étant une ville assez petite, mon manager de l’époque, avait un studio dans lequel Air a enregistré son premier album, dans lequel ils ont laissé leur matos, dans lequel Quentin [M. Oizo – ndlr] et Fabien [Feadz – ndlr]  ont enregistré Analog worms attack, et finalement on s’est tous croisés là-bas. Je connaissais Air car j’avais bossé chez Source, et je connaissais aussi Nadège Winter [ex-femme de Pedro – ndlr], bien avant de connaître Pedro car je travaillais avec elle chez Delabel.

 

* Ce moment où tu signes chez Ed Banger, tu sais que tu t’engages dans un truc…

Qui ne va pas marcher ! Je ne connaissais pas Pedro, j’étais loin des Daft, et je n’appartenais pas à la nuit parisienne, mais c’est juste cool de sortir un maxi, et de le partager avec Zdar. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il veuille me signer sur son label, et c’est un truc qui ne se refuse pas. Pedro m’a proposé de sortir un disque et il m’a fait confiance sur la simple base d’un bout de beat sur un CD.

Il savait ce que j’avais fait avant, mais c’est quand même cool d’avoir quelqu’un qui te fait confiance, et qui dit : « Banco ! je me lance dans l’aventure avec toi… » C’est un vrai délire d’entrepreneur, c’est rare dans l’industrie du disque, ça existait à l’époque de Barclay où le mec allait voir des concerts et trouvaient que le mec était cool, et cherchait à le signer. Là, c’est l’attitude typique d’un label indé, mais même pour des labels indés, c’est très rare, ça marche plus par copinage.

Avec Pedro, on ne se connaissait pas, il a juste entendu un truc, il ne savait pas si j’allais être créatif, responsable ou pas, s’il pouvait me contenir artistiquement… Qui lui dit que je ne suis pas un psychopathe, ce que je suis ! Je pense que Pedro est assez visionnaire dans son idée, et il savait dans l’absolu où il allait.

 

* Oui, mais qu’est-ce qu’il l’a motivé à te signer ?

Rien, si ce n’est qu’à un moment donné, c’est la zik je lui ai amenée Radar Rider. Pedro a ce truc de réagir avec le cœur, de simplement dire : « ça, je kif… », de réagir comme un gosse, ce que je trouve cool, parce que moi je réagis aussi comme ça. Et j’aime à penser que la plupart des artistes sont comme ça. Si tu ne gardes pas une âme d’enfant, un peu innocente, tu ne peux pas rester dans ce taf-là, comme lorsque tu découvres un truc pour la première fois, tu dois avoir une âme candide et naïve, il faut savoir rester enthousiaste. Oui, il le faut, car en plus Pedro écume tous les clubs de la terre, il faut savoir ne pas être blasé.

 

* Tu es enthousiaste, tu es resté curieux et motivé…

Je suis d’un naturel assez optimiste, même si je suis plombé. Je peux être un mec complètement maussade, mais j’ai toujours l’envie de trouver des solutions quand il y a un problème. Je suis nostalgique, mais je vis dans mon temps. Si c’était mieux avant, alors casse-toi. Je ne suis pas suicidaire, mais je peux être un mec très triste. Il y a toujours une part de moi-même qui surnage, qui se dit : « Non, ça ne peut pas se terminer comme ça. » Ma vie m’a conduit à être comme ça, mon éducation, l’environnement dans lequel j’ai grandi.