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Milkymee 2010

Avec style et grâce

 

Emilie Hanak fait de la musique, elle est calme, elle est la sœur des dDamage et partage sa vie entre la France et la Suède. Après un discret premier album, elle sortira To all the Ladies in the Place, With Style and Grace, qui ne sera pas un hommage à Notorious BIG, mais un second disque folk et vivant.

 

 

« Je suis Milkymee, je viens de Maisons-Alfort et j’y ai grandi jusqu’à mes 21 ans. À ce moment-là j’ai arrêté mes études de cinéma pour aller vivre en Suède, parce que je m’ennuyais. J’avais l’impression que la vie était monotone. J’ai passé mon DEUG, ma licence, ma maîtrise, et finalement je me suis rendu compte que je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, donc je suis partie. Je voulais faire un break de six mois, c’était il y a presque six ans. (Sourire.) Je ne suis jamais vraiment revenue !

J’ai habité Stockholm pendant trois ans, et maintenant j’habite Göteborg, qui se trouve dans le sud-ouest du pays : c’est une ville industrielle et populaire. Stockholm, c’est joli comme une carte postale, très lisse, les gens sont beaux ! (Rires.) Göteborg me convient, je vais souvent dans la nature, j’y ai tourné un clip d’ailleurs avec mes amis, dans la forêt qui est à deux pas de chez moi. Je passe beaucoup de temps en plein air, à la mer ou au milieu des arbres.

La Suède donne une qualité de vie que je n’ai jamais eue ici. J’ai trouvé un endroit qui me correspond. Je ne savais pas que c’était là, mais je l’ai trouvé. »

 

Tu avais un problème avec la France avant de partir ?

Non, non… j’aime beaucoup la France. Je crois que j’avais besoin de partir, ressentir cette notion d’exil, et finalement peu importe où tu vas, l’idée c’est de se retrouver ailleurs, prendre du recul, réfléchir à la notion d’appartenance. Je vais un peu loin là, non ?! Personnellement je ne me suis jamais autant sentie française qu’en vivant à l’étranger.

Le 14 juillet, j’en avais rien à foutre quand j’étais en France, mais quand tu es là-bas, c’est… de l’émotion ! (Rires.) Toutes ces conneries, ça devient important. Actuellement je suis en France pour trois mois, et c’est la première fois que je reste aussi longtemps depuis mon départ, ça me fait du bien.

 

Comment tu as mis le nez dans la musique ?

C’est venu assez tôt, j’ai deux frères qui sont musiciens [JB et Fred de dDamage – ndlr]. Fred était dans le hip-hop et ça ne m’attirait pas plus que ça, puis un jour JB a ramené des instruments à la maison.

Et comme une petite sœur un peu farfouineuse, j’allais souvent dans leur chambre pour les essayer. Ça a sûrement commencé avec une guitare de JB, mais je ne faisais pas de musique avec eux. Je devais avoir 15 ans et j’ai commencé à jouer dans des groupes punk.

 

Tu n’as pas du tout collaboré avec eux ?

J’ai posé, une fois, des voix sur leur deuxième album, Harsh Reality of Daily Life, pour le morceau Six-Colored Pictures ; je devais avoir 16 ans, et ça n’est pas un bon souvenir ! J’avais envie de partir, je disais que ça n’allait pas marcher, ils m’ont quand même enregistrée. Il y a quelques années, JB est revenu à la musique folk et acoustique, du coup on compose tous les deux de temps à autre.

On a joué ensemble dans le bar Les Disquaires, il m’a rejoint à la fin du set, j’adore quand il montre ce côté de sa personnalité ! C’est tellement étonnant ! Il a une voix de petit chat, ce sont des miaulements ! C’est vachement beau ! (Sourire.) C’est Boulder dDash !

 

« C’est toujours plus facile de la faire que d’en parler… »

 

À quel moment la musique est-elle devenue plus sérieuse pour toi ?

Une amie, Gloria, qui s’occupe du label Tsunami-Addiction, a sorti la compilation Toxic Girls ! en 2002. J’avais un morceau dessus avec JB, Snowballing, c’est là que ça a commencé à un être un peu plus sérieux. Elle m’a carrément forcée et elle m’a demandé de faire un album : « Tu le fais et je le sors ! »

Je ne savais pas trop si c’était sérieux, et j’ai fait un album en un été chez JB avec un quatre pistes, et puis elle l’a sorti. Ce premier album est très instinctif, il regroupe des choses que j’avais composées chez moi en Suède avec ma guitare acoustique ; le deuxième est différent, moins épuré, il y a plus d’instruments, de collaborations.

 

Comment passe-t-on de la folk au punk ?!

En partant en Suède avec une guitare ! C’est le seul instrument que l’on peut emmener facilement, et je me suis dit que c’était quasiment un défi. Tu as un instrument et tu dois raconter une histoire, tu as envie que ce soit cohérent et c’est plus risqué que de crier derrière un micro qui sature. Je me suis livrée, sans jamais faire de chansons « journal intime ».

Mes morceaux sont inspirés de microévénements, d’une image, de quelqu’un qui attend à une station de bus. Je ne raconte pas les grands drames de ma vie. J’ai un peu de mal à parler de ma musique, j’espère que ça va ! C’est toujours plus facile de la faire que d’en parler.

 

L’héritage du nom Hanak n’est pas trop difficile à porter ?

Ben… non… (Sourire.) On ne joue pas du tout sur le même registre, et jusqu’ici… bah, je ne sais pas, par exemple ce que tu me disais sur dDamage est vrai : Fred et JB, tu les rencontres, ça fait un effet fou, une espèce de tornade, alors que moi je fais juste des chansons folks avec ma guitare, je parle de forêt, c’est quand même assez différent !

Je me souviens de mecs qui me rencontraient en backstage de concert et ils hallucinaient de me voir : « Tu es vraiment leur sœur, mais c’est fou ! »

 

Tu écoutes leur musique ?

Oui, j’écoute et en même temps ça n’est pas vraiment mon univers. D’ailleurs je me suis souvent demandé ce que j’en penserais si je n’étais pas leur sœur. Et je ne peux pas y répondre car je suis leur petite sœur. J’adore les voir sur scène, c’est un putain de spectacle, voir JB qui tape Fred, Fred qui arrive en retard, JB qui installe tout emmêlé dans les fils !

 

Tu as déjà songé à écrire en français ?

Jusqu’à il y a peu de temps je pensais que ça n’était radicalement pas mon truc, et puis je me suis sentie prête… mais les gens autour de moi ne sont pas d’accord ! Ça me donne envie et je pense que je vais le faire. J’ai bossé à l’ambassade de France pendant deux ans, et l’attaché culturel français m’a écrit une dizaine de textes. Du coup, je les ai en attente et je vais devoir les mettre en musique. Bientôt je crois.

 

C’est le fait d’être exilée qui t’en a donné l’envie ?

Oui, j’ai toujours eu l’impression que chanter en français, c’est me découvrir un peu plus. C’est plus simple de chanter en suédois ou en anglais. Ça fait moins peur de parler de sentiments quand ce n’est pas dans ta langue. Et d’être à l’étranger a fait que le français est devenu une langue étrangère, donc je suis devenue plus attentive aux belles sonorités, aux plaisirs de la langue.

 

Tu as été influencée par la musique suédoise ?

La vérité est que je n’écoute pas beaucoup de musique. J’écoute les amis musiciens autour de moi, je vais à des concerts, j’aime faire de la musique avec des gens, mais chez moi je n’ai que trois CD que j’écoute depuis dix ans ! Wowee Zowee de Pavement, Washing Machine de Sonic Youth et Harvest de Neil Young.

C’est horrible à dire mais je n’ai pas de curiosité par rapport à la musique ! Si tu me demandes si la musique suédoise m’a influencée, je te dirais oui. Ma copine a une maison sur une petite île et il y a souvent des concerts de musique folk et traditionnelle avec de l’accordéon, pas de l’accordéon musette à la française, un son très différent, et ça m’a influencée.

Tu es sur une île, tu écoutes de la musique, tu manges une soupe de poisson, il y a une ambiance de laquelle tu t’imprègnes. Sinon j’aime bien José Gonzáles, j’adore danser sur The Knife, et j’aime le projet solo de la nana [Fever Ray – ndlr], je le trouve… enfin, c’est quand même la descente, c’est un peu triste !

 

Tu viens aussi de composer une musique de film…

Oui, pour un film d’auteur avec Béatrice Dalle. Elle est mathématicienne, une femme très belle et très intelligente qui s’autodétruit avec l’alcool. C’est aussi l’histoire de sa relation avec son petit-neveu de 17 ans, il découvre la vie et elle a envie de l’oublier, c’est un double mouvement ; en gros c’est ça le pitch ! ça sortira cet automne.

Le réalisateur s’appelle Patrick Chiha, il est franco-autrichien. C’est l’ami d’un ami de Gloria, qui préparait son long métrage depuis deux ans, et il souhaitait que je fasse la musique de son film. Moi je ne savais pas trop si c’était du lard ou du cochon, il y a plein de gens qui disent plein de trucs… tout le temps ! C’est vrai, non ?!

Bref, à l’automne dernier, quand il a commencé à tourner, il m’a demandé de la musique. Le processus a été très lent, il m’a envoyé des listes de mots, des recueils d’Apollinaire, des compilations de musique qu’il écoutait, du classique ou Les Mots bleus. Tu connais cette chanson horrible ? De la variétoche française.

Il m’a dit : « Inspire-toi de tout ça, écris des chansons et je ferai le tri… » Du coup ça m’a beaucoup plu, j’étais très libre. J’ai composé une quinzaine de titres et il en a retenu huit. Il a donné une belle place à la musique dans le film. Il y a des plages de deux minutes parfois, et je trouve que ça colle très bien à l’image, c’est presque magique !

 

Interview : Sébastien Charlot. Photographies : Loïc Benoît.

Une conversation parue dans le magazine papier Maelström, peut-être le numéro 1.