METEK, RISKI AND CO.

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AU NOM DU PÈRE, DU FILS & DU SAINT-ESPRIT

 

Metek débarque en 1997 avec l’or noir, un titre qui le positionne en jeune premier du rap avec son groupe, les refrés. Ça ne marchera pas plus que ça, malgré un succès d’estime et la reconnaissance des pairs. Ensuite, il y a la presse, la vraie vie, le rap en pointillé, la case prison.

Metek sombre, pour finalement mieux revenir avec noir fluo. Groupe en avance, adepte de produits et dealer d’hymnes ravageurs. La fête est de mise. Moments de vie dissolues dans du rap alcoolisé, les potes soutiennent le projet, le business plan échoue. Metek ne lâche pas, ne lâche rien.

2014. Personne n’y croyait. Metek sort un album bourré d’énergie et de bonnes chansons. À son image, son rap est décousu et bien construit, pertinent, percutant, ésotérique et cinglant. La sauce commence à reprendre.

On se croise porte de vincennes par une belle journée du mois d’août. Metek est comme son rap : impulsif et abstrait. Ses propos fusent, pas toujours facile de le suivre. Tantôt sensible et accablé de doutes, soudainement confiant et arrogant. Personnage troublé par un héritage familial qui a défrayé la chronique en son temps, il a su vivre et s’accomplir. Il continue à chercher et finira par trouver.

Metek est un rappeur dans l’âme, qui n’a pas fait les bons choix et n’a pas pris la bonne direction. Un artiste, un vrai.

 

L’OR NOIR

« Le rap, ça se passait entre les lycées Paul Valéry et Hélène Boucher, dans le 12ème à Paris. C’était le plaisir d’être 20, d’être 30. On n’était pas méchant, on ne faisait pas les voyous, on volait un peu au Leader Price, on traînait, on était dans le rap, on freestylait. (…)

 

Je devais avoir 18 ans, en 97, et le maxi de L’or noir s’est fait assez simplement. Kesdo faisait des beats et on enregistrait. La face A, c’était moi, la face B, Kesdo. À l’époque, j’étais un peu black power… je me cherchais. Je préférais être Noir plutôt que Juif. Même si la loi juive ne me considère pas comme juif en ce moment, mais il y a mille ans, je l’étais. (…)

On a vendu 1000 disques, sans Internet, c’était beaucoup pour l’époque, on ne se rendait pas compte. Je n’ai pas vraiment vu l’émulsion autour de ATK et des Refrés. Moi, j’ai toujours eu l’impression de ne jamais avoir été écouté. Kassim ! »

 

KASSIM DES JEDÏ / GHETTO DIPLOMATS PASSE DANS LA RUE. ACCOLADES ET  PAPOTAGES ENTRE LES DEUX COMPARSES QUI ONT DÉBUTÉ DANS LES MÊMES CREWS, CLICKS, CLANS.

 

JE VOULAIS RAPPER

« J’ai bossé dans la presse rap, mais comme j’avais d’autres ambitions, j’ai pas trop pris ça au sérieux. Comment je suis entré dans la presse ? Je travaillais en manutention à la FNAC, et je pensais uniquement à aller au États-Unis. J’ai alors pensé à Jean-Pierre Seck, qui était journaliste au magazine L’affiche. Je suis allé le voir et j’ai bossé avec eux.

Rapidement, ils m’ont envoyé aux États-Unis. À l’époque, les gens qui interviewaient les artistes, à part Olivier Cachin, ils n’étaient pas toujours très bons, peut-être parce qu’ils ne connaissaient pas vraiment les albums, et il n’y avait pas Internet, donc moins d’infos.

Après L’affiche, je suis passé à Groove, il y avait moins de voyages de presse, moins de thunes. Je prenais ça au sérieux, mais je ne me rendais pas compte que les piges que l’on me payait, c’était quand même pas mal. Moi, je voulais rapper.

Ensuite, je me suis rendu compte que j’avais fait le mauvais choix. Je ne me mettais pas vraiment en avant et je ne voulais pas y aller tout seul. Alors j’ai fait le mauvais choix : aller nulle part… (Sourire.) »
NOIR FLUO

« C’est moi qui ai fait le choix d’attendre parce que je me disais ‘Ça peut marcher.’ Et à un moment j’ai su que ça ne marcherait pas. Une fois cette période terminée, je n’avais plus envie de rapper. Je voulais rester lucide, et continuer à avancer. Laisser le rap. Je pensais que ce serait facile, mais en fait c’est un vrai besoin, je n’ai jamais réussi à arrêter. (…)

 

Un peu plus loin, par là-bas, c’est chez Émotion Lafolie. Il faisait des beats, et c’est le seul qui m’a dit ‘Je crois en toi. Je vais faire des beats et tu vas rapper.’ C’était 2005. On rappait, les morceaux se sont additionnés, des machines se sont cassées avec des sons dedans. J’avais fait deux ou trois albums, mais il n’y avait aucune réaction claire devant moi. Mes potes kiffaient, c’est tout.

Et puis je suis allé aux États-Unis, et je suis revenu, parce que sans argent à un moment tu te clochardises, c’est le moins que l’on puisse dire. J’ai refait des morceaux avec Émotion. On a écrit Le produit, je voulais même pas être crédité. Il me restait un peu de sous, alors j’ai acheté cinq bouteilles de vodka.

 

On a eu des rendez-vous avec des maisons de disques, on s’est dit ‘Ça va marcher, ils vont pas nous fermer les portes.’ Finalement, je crois qu’ils n’étaient pas rassurés… j’ai compris que c’était voué à l’échec. Quand tu sors un truc comme Le produit, de quoi tu as peur ? de mecs qui boivent des bières ?! Au bout d’un moment, on s’est dit ‘Putain, laisse tomber, on va continuer entre nous…’ Noir Fluo, c’est la famille, avec ses hauts et ses bas. »

« LE TALENT ÇA N’EXISTE PAS »

« C’est Jacques Brel qui disait ça, mais c’est faux, il ment. Il disait aussi ‘Il ne faut jamais dire j’écrirai un livre’. Sans parler de talent, je savais que ce que j’avais quelque chose en plus. Tu connais John Frusciante ? Lui et d’autres musiciens de son niveau savent qu’on n’est pas vraiment responsables de ce que l’on produit.

On n’apprend pas à rapper comme on apprend à jouer d’un instrument. Certains pensent qu’il faut se droguer. Certains disent que c’est bon pour l’inspiration. Frusciante a dit que c’était totalement faux… et son truc, lui, c’était l’héro… »

 

RISKI

« Je me suis soigné avec l’alcool et le shit, et j’ai du mal à m’en défaire. J’ai fait cet album Riski, dont je suis content. J’aurai laissé quelque chose, et si on s’y intéresse tant mieux. Je le trouve pas mal, pas de quoi rougir. Je suis beaucoup moins frustré du fait d’avoir sorti un disque et que ça plaise, plus ou moins. (…)

Je voulais sortir cet album pour l’honneur, car je n’avais rien à montrer pendant toutes ces années. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai un succès critique, voilà. Ce disque, c’est la fin d’une époque et une renaissance… en même temps je rappe comme j’ai toujours rappé. (…)

Riski, c’est surtout le fils de l’homme. C’est un concept que j’ai essayé de retranscrire. C’est aussi mon nom de troll sur Internet, tout simplement. Ça vient de Raskolnikov… à une époque j’étais dans Dostoïevski, au point que je ne peux plus en lire maintenant. Crime et Châtiment, c’est assez incroyable. (…)

 

Je ne suis pas nostalgique, au contraire. Tonnerre Mécanique, j’adore cette musique. Ce sont mes références parce que je suis né en 79, et c’est des trucs que j’ai aimés à la télé. Mais c’est avant tout la musique. La musique de Hulk était dingue, celle de Tonnerre Mécanique aussi, Supercopter… Il y avait vraiment des musiques incroyables dans les années 80. Je suis un peu obsessionnel, il y a beaucoup de vieilles idées dans mes projets, mais pour moi c’est un gage de qualité. Old school / new school, ça n’existe pas. (…)

J’ai toujours essayé de m’améliorer, comme si j’avais été à la recherche de quelque chose. Ça doit venir du fait que quand j’étais petit, je regardais le Cosby Show. J’avais le but d’être aussi heureux que cette famille dans la vie. Ma mère me disait ‘La vie n’est pas une série télé !’, ça m’a toujours dérangé cette fatalité.

Ce succès d’estime, je l’avais prévu. Je vais pas jouer les Houellebecq, mais c’est normal que ça plaise. Si j’avais écouté un disque comme ça, je te jure que, wahou !, je l’aurais mal pris ! Je me serais dit ‘Merde ! ça y est, je suis out !’ »

 

LA MUSIQUE

« J’ai écouté vraiment beaucoup de musiques, et pas que du rap. J’ai commencé avec Brassens. Quand j’étais petit, j’allais en Guadeloupe et je détestais la radio parce qu’il n’y avait pas Johnny, il n’y avait que du zouk. Je ne savais pas à quel point ça me marquerait par la suite. Il y a aussi Jacques Brel, la chanson à l’aéroport, Orly, sur un couple qui se sépare, et leurs cœurs qui se déchirent, waouh ! Ou alors Nirvana, comment tu peux passer à côté de ça ? avec des fils de pute qui considèrent qu’ils ne jouent pas si bien !

Et puis quand tu rencontres une femme, elle te fait toujours découvrir de la musique. Une femme m’a fait écouter John Frusciante ! Une m’a fait découvrir David Bowie, Bob Dylan… L’excellence n’a pas de couleur ni d’âge. Qu’est ce que je peux sucer d’une femme ? Sa musique. »

LE RAP

« Le rap, c’est devenu de la merde, à part Young Thug. C’est marrant de constater que tout vient du blues. Moi, je croyais que les racines de la musique américaine étaient noires, mais c’est faux. Dans le Sud, les mecs mélangeaient leurs musiques. Les Noirs en faisaient partie, bien sûr, mais ils se mélangeaient avec des gars qui venaient d’Irlande. Ils étaient liés par la musique, ils se respectaient.

Young Thug, tu sens vraiment que c’est du blues qu’il fait. Et si tu dis ça à Lil Wayne, par exemple, il répondra ‘Non’, parce qu’il aura l’impression que le journaliste blanc veut intellectualiser son propos. Ces mecs-là, quand ils sont arrivés avec leur blues, on n’a plus rien entendu de New York. Dans le magazine The Source, qui met des notes comme Télérama, ils leur mettaient des 2 sur 5 au début… »

 

LE FILS DE PIERRE

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« Quand on m’interviewe, on me dit que je suis le fils de Pierre, que je n’ai jamais connu. J’ai été élevé par quelqu’un d’autre à qui je dois le respect d’un fils. Si je n’ai jamais connu mon père biologique, j’ai lu son livre, plusieurs fois, et c’est là que je trouve ma judéité. Je sais que je suis l’héritier d’une certaine pensée. Ça peut être schizophrénique parfois, mais j’ai deux pères… »

CROIRE

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« Je suis très croyant. D’ailleurs des gens opposent la science à Dieu, et je ne trouve pas ça très judicieux, pas très intelligent. On a découvert des galaxies, et si on peut croire, naïvement, qu’il y a un équilibre à tout ça, qui nous dépasse fortement, ça ressemble beaucoup au concept de Dieu. En vivant, on comprend qu’il y a une mathématique de la vie. »

 

HOUELLEBECQ

« Mes influences, ce sont les gens intelligents. Même Houellebecq qui dit des trucs ultra racistes, j’aime beaucoup. Ça me plaît et c’est marrant de voir quand un mec est supérieur. La première fois que j’ai vu Houellebecq à la télé, je suis allé acheter son livre directement. Après, j’ai presque tout lu.

Il met en avant quelque chose de politiquement incorrect, qui résume bien comment on pense en France. Ça donne aussi une relative légitimité au racisme ambiant… ce point de vue bien formulé de Houellebecq, j’aime beaucoup ça. »

 

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