Matías Elichabehere, la conversation #2013

Matías Elichabehere

Ça n’est que le début…

 

« J’ai actuellement 23 ans, je viens de Bordeaux et j’ai commencé le skate il y une dizaine d’années, avec les copains du quartier, à Saint Augustin. Ensuite, je suis allé à Meriadeck et au skate-park sur les quais. J’ai commencé au moment où la vidéo Mosaic de Habitat est sortie, je l’ai regardée en boucle.

J’ai quasiment que ce souvenir de cette époque : de la bonne musique, du bon skate, ça suffisait. J’ai accroché particulièrement sur la part de Danny Renaud, avec le morceau de Cymande. Aujourd’hui, j’habite Paris et les copains du quartier sont devenus mes colocataires. »

Matías est un jeune compositeur, doué et attentif. Sa musique est douce et entraînante, idéale pour un bon ride à travers la ville. Une bande son anachronique pour un parcours urbain jonché d’obstacles en tout genre. Après les projets Minuit et Meanwhile, il a composé spécialement pour une part qu’il a montée dans la nouvelle vidéo Magenta, Soleil Levant.

Voici une longue conversation avec Matías : l’introduction réjouissante d’un acteur émergent, et discret, du petit monde du skateboard, qui a pas mal de choses à dire, et beaucoup de musique à nous faire écouter.

 

* Qui étaient les gens de Bordeaux dont on parlait quand tu as commencé à faire du skate ?

Il y avait Guillaume Dulout, JP Trioulier, quand on les voyait au skate-park, on était content ! J’allais au skate-shop qui s’appelait Scenium, et le rider du magasin était Léo Valls. C’est quand il était G’s avec des joggings. On a très vite sympathisé avec lui, Sergio [Cadaré], Yoan [Taillandier], Mase, Max, Charles, un peu toute cette bande. J’ai de super souvenirs de cette époque, on passait des journées au park, et on finissait aux Chartrons. C’était avant la rénovation de Bordeaux, avant le tram et les nouveaux quais. J’ai aussi vécu les deux dernières années de Malraux, la place historique.

 

* Et la musique, comment ça arrive dans ta vie ?

Mon père est fan de musique d’Amérique Latine, donc plein d’instruments à la maison. Des harpes paraguayennes, des flûtes en pagaille, des charangos, j’ai été bercé là-dedans, et j’ai commencé la guitare à 6 ans. Mon père n’est pas musicien, il est juste passionné de musique. Il avait un groupe de musique sud-américaine quand il était plus jeune, quand c’était à la mode dans les années 70, il avait la barbe et les cheveux longs. Il écoute beaucoup de musique sud-américaine, et ça m’a pas mal influencé.

 

* Il faut écouter quoi en musique sud-américaine ?

Il y a un groupe qui m’a marqué, c’est Inti-Illimani, que j’ai vu en concert à Bordeaux d’ailleurs. C’est un vieux groupe, avec une dizaine de musiciens, un peu comme le Buena Vista Social Club. La formation évolue, c’est l’identité du groupe qui compte. Ils sont installés en Italie, on a donc eu l’occasion de les voir ici. Il y a un guitariste avec qui j’ai parlé, et j’ai pu apprendre les morceaux qu’il avait composé.

Sinon, il y a un Argentin qui s’appelle Juan Falú, qui est sûrement mon guitariste favori, fils d’un grand guitariste. C’est de la guitare classique, sèche, qui est mon premier instrument. Du coup, mes compositions partent souvent de la guitare. Dans la guitare argentine, il y a un peu tout qui est mêlé : des passages très rythmiques, très harmonieux, de la basse continue, c’est assez technique. La guitare se suffit à elle-même.

 

* Tu as pris des cours de musique ?

J’ai pris des cours de guitare, du solfège jusqu’à mes 12 ans et ça commençait à être un peu chiant. Du coup, je suis allé dans une école de jazz, où l’approche était différente. J’y allais pour apprendre des morceaux qui me faisaient plaisir, j’avais de bons rapports avec mon prof, je lui présentais mes compositions, on discutait, il me proposait des arrangements, c’étaient des cours agréables, j’avais entre 13 et 17 ans.

J’ai commencé à composer à la guitare à 15 ans, j’avais tout en tête et je notais en tablature parfois. J’ai même joué un des mes morceaux au bac. Ensuite, j’ai commencé à faire de la musique sur ordinateur, avec le logiciel Acid 4. Mon cousin m’avait montré les boucles, les samples, c’est un truc que je ne connaissais pas. C’est ludique Acid, ça reste un bon logiciel.

 

Matías Elichabehere

* Tu n’étais pas intéressé par jouer dans un groupe ?

Non, ça ne m’a jamais vraiment branché. J’ai participé à des groupes de jazz à l’école, et c’est assez contraignant. Tu ne joues pas forcément des musiques qui te plaisent, et puis j’ai jamais vraiment apprécié apprendre les musiques des autres. À partir du moment où j’ai commencé à composer, le plaisir de la composition était beaucoup plus grand que le plaisir d’apprendre des compositions déjà faites.

 

* Quand tu as commencé à faire de la musique sur ordinateur, tu as mélangé tes savoir-faire ?

Mes premiers morceaux avec Acid étaient du sample, uniquement, pas de rapport avec la composition. C’était du collage, pour m’amuser. Assez vite, je me suis dit que je devrais pouvoir mélanger la guitare et les samples. Du coup, j’ai ressorti mes compositions pour guitare, et j’ai essayé de décortiquer tout ça.

Entre les passages avec des influences argentines, les mélodies simples, les passages rythmiques et les accords, j’ai superposé les pistes et j’ai commencé à faire des morceaux comme ça. Je me suis tellement pris au jeu que j’y passais tout mon temps, je maîtrisais bien Acid à la fin… Les tout premiers morceaux pour la vidéo Minuit ont été faits sur Acid, ça remonte à 2008/2009, j’étais encore à Bordeaux.

Ça me fait penser à la JVC force, la vidéo que l’on avait faite pour le contest La rue est vers l’image, qui était un peu les prémices de Minuit. Au début, j’essayais de trouver des sujets pour mes musiques, ou de faire des musiques pour des amis. Par exemple, pour l’anniversaire d’untel, je savais qu’il aimait le hip-hop ou le jazz, je lui faisais une musique en cadeau. Du coup, je me suis diversifié, et j’en suis venu à me dire que ça pourrait être cool de faire de la musique pour une vidéo de skate.

Pour la JVC force, j’ai essayé de faire une musique plus rythmée et un peu différente de ce que j’avais l’habitude de faire. Finalement, elle n’a pas été utilisée, ça ne collait pas au niveau de la vidéo. Ça m’a peut-être un peu frustré, ou pas mal motivé. C’est aussi l’époque où j’ai arrêté la fac d’Éco pour faire un BTS audiovisuel option son. À partir de là, j’ai vraiment commencé à ne faire que de la musique.

 

* Pourquoi tu n’as pas fait de musique après le bac ?

Parce que dur d’imaginer un avenir là-dedans, et le but en faisant la fac d’Éco était de bosser dans un label, ou un truc comme ça. Mais les études d’Éco, c’est pas trop lié à la musique.

 

* Pourtant la musique était très importante dans ta vie…

Oui, vraiment. J’ai fait option musique au bac, je ne traînais qu’avec des musiciens, des mecs qui étaient au conservatoire. j’étais à la chorale de la primaire à la terminale. On a chanté des œuvres composées par des anciens élèves du lycée, du coup, ceux qui nous dirigeaient étaient les compositeurs. C’est palpable, tu te dis : « C’est faisable, c’est possible… » La composition n’était pas un truc ultra loin, c’était proche de moi et j’avais pas mal de potes musiciens qui m’ont incité à continuer mes propres compositions.

 

Matías Elichabehere

* Il y a une bonne dynamique au niveau de la musique à Bordeaux, c’est connu pour être assez rock…

Oui, c’est connu pour être assez rock, mais ça n’a pas été mon truc de traîner dans les cafés. Je passais mes soirées à skater dehors quand j’étais au lycée. J’étais plus attiré par des concerts calmes, de jazz, et puis il faut un peu d’argent pour sortir.

Bordeaux se refaisait, on pouvait skater la nuit, c’est une chose qui n’est pas évidente dans toutes les villes. On était tous les soirs au Grand Théâtre et on finissait à regarder des vidéos chez les potes, comme tous les mecs du skate… (Sourire.) J’avais ma clef USB sur moi, je faisais écouter les derniers trucs que j’avais fait. Petit à petit, on a discuté avec Yoan, et il m’a proposé de faire de la musique pour la vidéo Minuit.

 

* D’où vient un projet comme Minuit ?

Derrière Minuit, il y a les vidéos japonaises que l’on venait de découvrir. Du coup, on se disait que la musique qui se posait dans la vidéo de skate ne devait pas forcément être mainstream, hip-hop, funk, soul ou rock. C’était possible de donner une identité à la vidéo par la musique. C’était surtout ça que l’on recherchait : donner une unité entre la vidéo et la musique, et que ça se ressente sur le projet global.

Je me souviens de la première musique que l’on a faite, je dis on car Yoan venait chez moi et on bossait ensemble. Il me faisait écouter les trucs qu’il aimait bien, les parties intéressantes et pourquoi « là, ça marche », « là, non », avec ses mots. C’est toujours un peu compliqué un dialogue entre un vidéaste et un musicien, mais ça a bien fonctionné.

 

* Yoan savait où il voulait aller avec la musique…

Oui, il attendait quand même des propositions, et il choisissait. Il m’apportait des morceaux avec lesquels ça marchait. Ça ne veut pas dire que la musique allait être identique, plutôt des morceaux où le tempo correspondait, ou avec une sonorité qui marchait bien.

 

* Combien de minutes de musique tu as dans Minuit ?

Je ne suis pas le seul à avoir participé à Minuit, il y a KiCkS, Hugues Chalandre, qui a fait la musique de Masaki et Seb Daurel, OPSB qui a fait la musique de Léo et de la part de Bordeaux ; je me suis occupé de l’intro, les parties Magenta, japonaise et américaine, et l’intro de Masaki, ça doit faire cinq ou six musiques.

 

* Qu’est-ce qui est difficile dans un tel projet ?

Il fallait faire des musiques avec une ambiance un peu sombre. Ça n’était pas vraiment les musiques que j’étais en train de faire à ce moment-là. Et je me souviens, avant de faire de la musique pour Yoan, d’avoir fait un morceau assez funk, avec un solo de piano et de guitare, pour l’anniversaire de Léo d’ailleurs… Minuit, c’était une ambiance particulière, il fallait rentrer dedans. Ça te bouffe un peu, quand tu fais ça pendant 2/3 mois, tu deviens toi-même un peu sombre.

Pour rentrer dedans, il faut se mettre en condition et une fois que tu es dans l’ambiance, les sonorités te viennent plus facilement. Et plus tu en fais, plus ça devient facile, plus tu comprends l’univers que tu es en train de créer.

 

* La musique est en fonction de ton humeur ? Donc quand tu as un projet c’est pas facile de se mettre dans l’ambiance ?

Bah, c’est difficile de changer de projet… La Minuit, il fallait que les musiques aient une vraie cohérence entre elles, que l’unité de la vidéo se tienne par la musique, et par les images de nuit. J’ai fait attention à ça. Je me suis mis en condition à chaque fois pour être proche des images, et je les ai matées en boucle, des milliers de fois. Pour chaque composition, j’avais un prémontage de la part.

Du coup, quand tu mates du skate depuis longtemps, tu sens l’ambiance qui sort d’une part. Sans ça, sans les images, je pense que j’aurais fait des trucs trop différents. Avec les images sous les yeux, tu composes avec le bruit de skate, tu peux imaginer des transitions différentes, des longueurs… ce que tu vois à l’image, tu peux le lier à la structure de ta composition.

 

* Tu regardes encore la vidéo ? Tu es satisfait de ta musique ?

Je la regarde, oui. Je suis satisfait de la composition, moins du son. Je suis plus propre dans ce que je fais en terme de mix aujourd’hui. Je trouve que dans l’ensemble, ça transmet ce que l’on voulait. Il y a des choses différentes, entre la musique d’intro, la part Super 8 au Japon, qui était cool à faire. Yoan a fait un super boulot avec. Ça me sortait des rythmiques que l’on peut trouver dans les autres morceaux, c’était plus de la musique cinématographique.

 

* La musique à l’image, tu as des références…

Hmm… Oui, les mecs comme Philip Glass… Avant Minuit, j’ai maté des films comme Powaqqatsi, avec de très beaux plans séquences.

 

* Tu me disais que tu écoutais peu de musique…

Oui, c’est difficile d’écouter de la musique quand tu en fais tout le temps. Tu as les oreilles fatiguées, et quand tu écoutes un truc tu l’analyses, tu le décortiques, ça te prend un peu la tête. Quand je n’ai pas trop envie de faire de la musique, je me fais un petit horizon de ce qui se fait, ou de ce que j’ai envie d’écouter, en fonction de l’humeur. Parfois tu as envie d’écouter un bon hip-hop pour te mettre le peps, ou ça m’arrive d’écouter de la musique sud-américaine, du jazz, du funk…

À partir du moment où tu composes beaucoup, c’est difficile d’avoir le sentiment que tu as pu avoir quand tu écoutes un nouveau morceau et que « Waouh ! »… Je ne sais pas si ça te fait ça ? Avant, une fois par mois, j’avais un morceau que j’écoutais en boucle. La première fois que j’ai entendu I got the blues de Labi Siffre, ça m’a remué. Depuis, ça ne me le fait plus, je n’ai plus ce sentiment d’extase de la musique, du coup ça m’attire peut-être moins de chercher un truc qui va me plaire.

Par contre, j’ai ce sentiment quand je compose, car je pense savoir ce que je recherche, c’est un peu égoïste peut-être… Je n’écoute pas trop ce qui se fait, mais je me force à me tenir au courant. D’ailleurs, j’ai passé 2 ans avec l’objectif de ne pas écouter de musique, pour voir comment j’allais pouvoir m’inspirer de mes propres compositions…

 

Matías Elichabehere

* Ça a été concluant…

Je crois oui, à force de faire ça, j’ai créé mon petit univers. Je n’écoutais plus de musique, je n’écoutais que ma musique. Dans mon iTunes, seulement ma musique et pareil dans mon baladeur. Tous mes trajets en skate ou en tram se faisaient avec ma musique. J’étais à la recherche du petit détail qu’il faudrait changer, et ça, ça ne passe que par des écoutes en boucles. Puis tu as le déclic, tu écoutes un morceau que tu as fait il y a un an, et tu as envie de le finaliser…

Ça m’arrive souvent de démarrer un morceau avec deux/trois rythmiques, ça dure 30 secondes, je fais un export, je le mets dans iTunes et un jour en le réécoutant, je me dis que ça pourrait être intéressant de prendre cette partie, de mélanger avec une autre, du coup, tu t’inspires de ce que tu as fait.

 

Matías Elichabehere

* Tu recycles ta matière ?

Ça m’est arrivé de sampler des morceaux à moi, mais je le fais avec des morceaux que je suis sûr que je n’utiliserai pas. Je peux alors reprendre un élément, un petit truc rythmique ou quelques accords. Ça m’est arrivé de me sampler, de trafiquer et d’utiliser ma propre matière comme base.

 

* Pour revenir à l’image, tu as participé à un autre projet avec Yoan, Meanwhile

Oui, deuxième projet avec Yoan, toujours de nuit, plus rythmique, plus abouti dans la recherche, avec un thème un peu tribal. L’inspiration était plus ethnique, les bruits de la nature. On a fait tout en un mois, du coup, comme ça n’était que ma musique – sauf l’intro qui est de Nicolas Oules –, on a essayé d’aller un peu plus loin…

 

* Ça veut dire quoi « aller un peu plus loin » ?

Là où on a le plus expérimenté et testé, c’est que je donnais à Yoan une rythmique avec une nappe derrière, et il faisait un premier montage dessus. Les tricks étaient calés, les coupures aussi, et moi, je pouvais commencer à composer dessus. Du coup, tu composes directement sur les images… C’est plus expérimental, et quand j’écoutais les morceaux, sans bruits de skate et sans images, je réalisais que parfois c’était a tempo, mais quand tu écoutes avec les images, ça paraît évident.

 

Matías Elichabehere

 

* La musique ne se suffit pas à elle-même, par exemple, pour Meanwhile…

Hmmm… c’est possible, surtout pour la musique de la partie friend. En tout cas, j’ai pris plus de liberté dans ce que je voulais faire, et quand j’ai repris la musique pour faire une version longue, je me suis rendu compte que pour que la musique se suffise à elle-même, j’avais beaucoup de boulot, plein de trucs à remettre en forme, à recaler. J’en étais arriver à caler un bruit sur la replaque, sur le début du trick, ajouter une flûte sur un slide.

Du coup, quand tu écoutes sans images et sans bruits de skate, tu es perdu, tu ne sais pas trop pourquoi, ça ne se joue à pas grand chose. Ça permet de faire des compositions que tu n’aurais jamais pu faire tout seul. Tu as la contrainte de la vidéo qui vient s’imposer sur la musique, sur tes rythmiques, sur ta structure.

Tu es toujours obligé de faire en fonction de la vidéo et les structures deviennent liées à la vidéo. Ce ne sont pas des structures de bases avec l’émotion qui vient parce que la structure est comme ça. L’émotion, il faut qu’elle soit liée à l’ambiance totale.

En général, les montées ont des structures classiques dans la musique, tu les sens venir, tandis que là, les structures sont décalées, pas là où tu les attends, parce que les tricks s’enchaînent, donc la musique va changer. Il y a 10 minutes de vidéo avec de la musique du début à la fin.

Par contre, on a fait ça à distance, Yoan à Bordeaux et moi à Paris. Il savait ce qu’il voulait, il était très précis sur les modifications à effectuer, sur les sons à modifier.

 

* Pour passer à autre chose, tu peux nous expliquer comment tu composes un morceau…

Je commence par chercher le tempo, en fonction de ce que j’ai en tête et de l’ambiance que je veux donner au morceau. Le but c’est de donner assez rapidement une texture, soit par des bruits ou des trucs enregistrés.

Ça m’arrive de faire des recherches sur Youtube, pour trouver des petits trucs à sampler, pour donner des textures au morceau, et ça te donne rapidement une direction. Sinon ça vient d’un morceau de guitare que je suis en train de faire, ça part de quelques accords, je mets une rythmique, une boucle, et là je commence à composer dessus, à empiler.

 

* C’est quoi des textures, des bruits ?

Hmmmm… des textures, ce sont des sons qui ne sont pas conventionnels, comme le bruit de la guitare, de la basse, du piano. C’est des trucs qui vont s’ajouter au morceau et qui vont lui donner une identité.

 

Matías Elichabehere

* Tu enregistres de quelle façon et où ?

J’enregistre tout chez moi, sorti de l’ampli ou en direct, mes guitares sèches dans un micro, les flûtes aussi. J’ai pas mal de flûtes d’Amérique Latine, un charango, des percussions… Je me balade aussi dans la rue avec un enregistreur pour avoir quelques drones, ou des bruits qui me permettent d’avoir de la matière.

Je sample un peu de vinyle, j’ai quelques claviers. J’aime bien accumuler, avoir le choix, passer du temps à chercher le son qu’il faut. Tu te balades de synthés en synthés, et parfois tu ne t’en sers pas, alors que tu as passé la journée dessus !

 

* Tu peux expliquer ce qu’est un drone ?

C’est un bruit continu, souvent assez sourd. On s’en sert souvent dans le cinéma pour les moments de tensions. Je me sers de ces enregistrements, je coupe dedans pour faire de la rythmique.

 

* C’est pour donner un côté urbain ?

Non, c’est pas forcément le but, c’est plus pour de la recherche de textures. C’est vraiment ce qui me permet de donner une identité au morceau. Tous ces sons, je les retouche derrière. C’est comme de se servir d’un bruit rose. Avec les logiciels qui existent, d’un petit bruit tu peux en faire quelques chose de très différent, si tu as un peu d’imagination.

 

* Tu as une méthode qui mélange analogique et numérique, d’ailleurs on sent bien les couches qui sont dans tes morceaux…

Peut-être que je mets trop de couches, c’est un peu le danger quand tu écoutes trop le même morceau ; tu t’habitues. Et tu as vite besoin d’un truc en plus pour te satisfaire…

 

* Je trouve que ta musique est particulièrement efficace au casque…

J’aime bien écouter la musique au casque, c’est précis, tu es dans ton monde. Du coup, quand tu veux faire passer une ambiance, ça peut coincer… D’ailleurs je travaille beaucoup au casque.

 

* Pour revenir au skate, tu travailles sur le projet Lenz, tu peux nous en dire plus…

J’ai commencé à composer pour la Lenz 2, une vidéo japonaise, produite par Tightbooth. Ils sont venus filmer 2 semaines à Paris et Bordeaux, il y a deux ans, et ils m’ont proposé de faire la musique pour la partie France. Je bosse sur le prémontage qu’ils m’ont envoyé.

En même temps, je commence travailler plus sérieusement pour Magenta. Là, je suis en train de faire le montage et la musique pour une part dans la vidéo Soleil Levant. C’est une vidéo franco-japonais qui sort en mai. Je vais essayer de mettre en relation la musique et l’image, de mon point de vue. On va voir ce que ça va donner.

J’ai eu le feu vert de Vivien et Léo. Avec Magenta, le but est de faire des projets nouveaux et expérimentaux entre la musique et la vidéo de skate.

 

* Tu penses que l’on peut encore faire des choses différentes dans la vidéo de skate ?

Il faut faire des essais, que ça plaise ou non. Les bruits de skate s’intègrent à la musique que j’ai faite pour les vidéos, je pense que l’on peut aller encore plus loin. J’ai envie de faire des trucs différents, apporter un autre regard sur la vidéo de skate et pas seulement piocher une musique dans ta discographie [discothèque] qui va imposer sa structure à une part. Il y a peut-être moyen de repenser tout ça, mais c’est évident que l’on peut aller plus loin.

Quand tu vois ce que propose Morita, il y a plein d’échantillons de ce qu’il a en tête. Tu te dis qu’il y a encore beaucoup de choses à faire, et que finalement le skateboard, c’est juste de la matière pour les vidéastes. C’est un peu ça, non ?! Les mecs ne savent pas vraiment quelle vidéo ils vont faire : ils filment, ils ont des images de plein de gens et ensuite ils pensent à ce qu’ils vont en faire…

 

* C’est propre au skate les gens qui filment et emmagasinent des images, au moins aujourd’hui, ils peuvent poster sur Youtube. Ça a toujours existé et ça existera toujours…

Oui, mais tu n’es pas obligé de faire une vidéo qui soit propre au skate, tu n’es pas obligé d’être représentatif du skateboard que tu fais au quotidien. Tu es là pour montrer quelque chose. Il faut que ce que tu montres soit cohérent, que ta vidéo ait un impact visuel et sonore, que ça fonctionne, même si c’est un peu simple de dire ça. Sortir de l’esprit skate, je trouve que ça vaut le coup.

 

Matías Elichabehere

 

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Rencontre avec Burgalat

bertand

 

« J’ai vu Bertrand Burgalat en concert à Bordeaux, j’aime bien ce qu’il fait. Il tient Tricatel, qui fait des choses intéressantes pour la chanson française. (…) Un mec comme Chassol fait des trucs qui tendent à faire évoluer la musique et la chanson française, qui est un pan particulier, pour nous Français, qui comprenons ce qui se dit.

Quand tu écoutes un hip-hop ricain ou de la folk, si tu ne comprends pas, tu apprécies la musique, ça devient vite léger. Quand on te parle en français, c’est plus cru. Ça fait un petit moment que je compose, et que je commence à écrire des ‘chansons’, un morceau avec du texte en français dessus. (…) Je lui ai parlé à ce concert, et il m’a donné son adresse Email.

Je lui ai envoyé mon site Internet, il m’a répondu le lendemain, me disant qu’il avait aimé les ambiances et les textures, et qu’il manquait juste de la voix : ‘Lance-toi. Moi, ça m’a pris beaucoup de temps. Je sais que c’est pas facile, il faut réussir à passer cette étape, et ensuite c’est super bien…’ Là, ce n’est pas encore fait, c’est dur de faire écouter aux autres. »