Lucas Beaufort, la positive interview #2017 • 2/2 •

LUCAS BEAUFORT vu par Kade Colen

BEAUFORT LUCAS vu par Kade Colen

Qui vivra verra fera vaincra

 

 

Deuxième partie de l’entretien de Lucas Beaufort, lors d’un rapide passage parisien. Il revient sur le LB Project, son documentaire Devoted et évoque à demi-mot son prochain projet. On a aussi beaucoup parlé de musique, mais ce sera pour un autre moment. Bonne lecture.

 

Et tu as enchaîné avec les expos LB Project.

LB Project / Lucas Beaufort Project, on m’a souvent demandé pourquoi je l’ai appelé comme ça. Il fallait juste un nom, j’ai pris ça.

J’ai cru en tant qu’artiste que c’était bon de fédérer. J’ai fait LB Project en Europe, des expos à Amsterdam, Paris, Berlin, Barcelone, Copenhague. J’ai rassemblé dix artistes, comme Michael Sieben et Todd Bratrud, des mecs que j’idolâtrais, qui ont fait beaucoup pour le skate. J’ai payé un billet d’avion à chacun pour les rencontrer. Je leur ai donné cinq planches de skate qu’ils ont peintes. Et on a fait les expos. Les fonds que j’ai récoltés avec LB Project, je les ai donnés à la fondation Skateistan.

 

jeremy fish pour LB Project

Jeremy Fish pour LB Project

 

D’ailleurs l’artiste Jeremy Fish, la légende de San Francisco, a cru en mon projet, et il a fait un truc extraordinaire. Il a découpé les planches, ça ressemble à une boite que tu ouvres avec un personnage à l’intérieur. Là, j’ai compris que j’étais à des années lumière de la créativité. Et quand je vois la photo du travail de Georges Rousse que tu m’as montrée, ça réveille et ça motive pour aller encore plus loin.

Ensuite j’ai emmené le LB Project aux États-Unis, et j’ai intégré des photographes. J’ai imprimé une photo de skate sur cinq planches, et je les ai données à un artiste. C’était un clin d’œil aux re-covers que je fais.

J’ai donné l’argent à la Harold Hunter foundation, plus les planches que je n’ai pas vendues. D’ailleurs, ils m’ont dit « Mais qu’est-ce que l’on va faire de ces planches ? », j’ai répondu « C’est pas cool ce que tu dis. Tu penses que ça n’a pas de valeur ? » J’ai été un peu vexé.

Après ça je me suis dit que réunir des artistes c’était bien, mais difficile. On n’est pas sur le même tempo, c’est beaucoup de mourons pour une bonne cause, mais ils ont travaillé
gratuitement, donc ils ont d’autres priorités.

Le LB Project m’a permis de produire le docu Devoted. Et là je me suis dit que j’allais me faire plaisir, avec quelque chose qui me tient à cœur : les magazines de skate, le print.

 

« La reconnaissance, c’est le respect. »

 

Tu multiplies les projets. Quand fais-tu une pause ? Tu prends beaucoup de cocaïne ?!

J’aimerais bien, mais non… Et je vais parler de la drogue, je déteste ça. Je bois un peu de vin, ça me détend, mais la drogue zéro. À neuf ans j’ai vu dans le journal le nom d’une personne qui était morte d’overdose, quelqu’un qui me gardait le week-end. Je ne parle jamais de drogue, mais si je peux faire passer un message méga-anti-drogue, je le fais ici.

 

Tu peux nous en dire plus sur la sortie de Devoted, les retours que tu as eus ?

Tu m’aurais vu le jour de la première de Devoted à Los Angeles… On peut dire ce que l’on veut sur ce film, mais il m’a bouleversé. Ce projet m’a apporté énormément de bonheur, et je ne me suis toujours pas remis de l’interview de Marc Johnson. Je la sortirai en entier un jour, et on comprendra mieux ce passage où il est très ému.

Je ne me suis pas remis de l’interview de Skin Phillips aussi. On est au coin d’une rue à Tampa, il ne me connaît pas, je lui ai seulement envoyé des emails, et ça dure deux heures. C’est Transworld le mec ! Pendant l’interview, je sens qu’il bascule dans une émotion intense, et je peux pas m’en remettre de ça. Je pense que ça fait du bien de pleurer parfois. Pleurer c’est beau, ça fait du bien. Plus de gens devraient pleurer pour faire sortir le truc.

 

J’ai été surpris que tu mettes en ligne ce projet gratuitement, me précisant qu’il était imparfait du fait que ce soit un premier essai.

Je dois faire mes preuves. S’il avait été payant en ligne, personne ne l’aurait regardé. J’ai surtout perdu de l’argent avec Devoted. Mais j’ai énormément gagné, en amour, et j’ai eu des centaines de messages de remerciements. Ça vaut un million d’euros.

Tu sais ce que je recherche aujourd’hui, par-dessus tout, c’est la reconnaissance. Aucun chèque ne pourra combler la reconnaissance, et certains comprendront ce que je veux dire. La reconnaissance, c’est le respect.

 

« Je voulais aller chez eux,
les voir, regarder sous le lit. »

 

Tu peux être plus précis, la reconnaissance c’est parfois péjoratif comme notion.

La reconnaissance complète tu ne l’auras pas, forcément… Allez je le dis, j’ai rencontré le photographe [officiel de la marque – ndlr] Mike Blabac chez DC pour l’interviewer, et après je n’ai plus eu de nouvelles. J’ai envoyé des textos, des emails, et dans le dernier, j’ai écrit, de désespoir, « Si j’ai fait quelque chose qui t’a blessé, dis-le moi, mais dis-moi quelque chose. » Tu vois, on touche la reconnaissance, mais elle n’est jamais complète.

Par contre, les textos de Marc Johnson [clic] que j’ai reçus, j’en avais les larmes aux yeux. Il n’a pas vu le film avant la première, il aurait pu être vexé que je montre un moment aussi personnel. Il m’a écrit « Ton film, il faut qu’il soit vu parce qu’il va faire du bien à beaucoup de monde. » Ça m’a beaucoup touché.

Ou un Reda [photographe new-yorkais, qui n’a pas la langue dans sa poche – nldr] qui est hyper-dur, une anecdote : je le vois à Tampa, très sympa pendant l’interview. Deux mois plus tard je lui demande des photos de son travail, il me dit « Désolé je n’ai rien ». Putain, pourquoi les gens ne veulent pas aider !

Avant la première, je lui envoie des mails pour qu’il vienne, il me répond « Oui, je viens ». Je le croise à la diffusion du docu sur Big Brother, je lui demande à nouveau, je suis à côté de ma femme, et il me parle super mal « Tu ne vas pas me demander 50 000 fois. Je viens. » Et il est pas venu. Il est pas venu…

 

Pourtant une diffusion dans un cinéma à L.A, c’est sérieux !

À ma décharge le même jour il y avait la soirée du magazine Thrasher qui annonçait l’équipe gagnante du King of the Road. La faute à pas de chance… Sur les 40 mecs que j’ai interviewés, il y en avait sept/huit, et la salle était pleine.

Reda m’a finalement écrit « Franchement je n’ai qu’un mot
à dire : bravo pour ce que tu as fait. ». Ça rassure, j’ai fait quelque chose qui a eu un impact. On donne tous un sens à sa vie, on essaie en tout cas. Et la reconnaissance passe par donner un sens à sa vie.

Ce film était l’occasion pour moi de rencontrer tous ces gens. J’étais trop heureux d’être chez Thrasher et de parler avec Tony [Vitello, fils de Fausto, et propriétaire de la marque/magazine – ndlr]. Mais il y avait aussi le but de transmettre. C’est pas comme si je faisais un film sur moi-même. Là il faudrait que je me pose des questions.

 

« C’est elle qui fait que
je ne suis pas parti en couille »

 

Il y avait aussi un peu de voyeurisme dans tout ça ?

Du voyeurisme, clairement. Je voulais aller chez eux, les voir, regarder sous le lit. Je suis allé chez Mike Burnett [rédacteur en chef officieux de Thrasher – ndlr] à Cardiff en Californie. Il a une petite dépendance où il y a tous les Thrasher et des pépites au mur. Mike Burnett, je tiens à le dire : quel homme ! C’est une légende dans le skate, et j’ai rarement vu quelqu’un avec autant d’anecdotes. Il a une histoire sur tout et tout le monde. Smolik, c’était l’inverse, il n’avait rien à dire, mais c’était important de le mettre quand tu connais sa carrière.

Une centaine de sites a relayé la vidéo. Je google tous les jours « Devoted » pour savoir qui a partagé ! Tous les principaux médias ont relayé, sauf un, c’est le magazine Free.

Là, je bosse sur un nouveau film. Je vais m’intéresser aux jeunes de moins de 20 ans, parce qu’on m’a reproché que dans Devoted il n’y avait que des vieux !

 

Pour conclure, on dit qu’il y a une femme derrière chaque grand artiste…

T’as touché un truc-là. Je suis ultra féministe. J’aime plus la femme que l’homme. Grâce à elles la terre n’a pas explosé. L’homme est sournois, il saccage, la femme procrée. Ma femme, c’est mon diamant, c’est elle qui fait que je ne suis pas parti en couille.

 

https://www.instagram.com/lucas_beaufort

 

LUCAS BEAUFORT interview 2017

 

LUCAS BEAUFORT interview 2017

 

LUCAS BEAUFORT ZERO BOARDS

 

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LUCAS BEAUFORT

 

LUCAS BEAUFORT GRIP JOB

 

LUCAS BEAUFORT