KEAK DA SNEAK #interview #2006 #archive

Keak da Sneak par GABRIELA HASBUN

 

Le rappeur de la Bay Area s’est fait tirer dessus en août dernier, il avait déjà eu des soucis en janvier. Il semblerait qu’il soit tiré d’affaire, et est toujours autant motivé pour rapper. En voici un peu plus sur ce personnage emblématique du rap californien dit hyphy.

 

YAY AREA LEGEND

 

Remarqué pour ses attitudes déglinguées, ses apparitions brillantes et son phrasé rauque qui détonne au sein-même du cyclone hyphy, Keak da Sneak est de ceux dont les langues puristes de la Bay dissertent et devise.

Le rappeur est aussi un fournisseur de disques gonflés pour enduire les majors à déviance rapologique. En atteste sa participation à l’album The Outsider de DJ Shadow, où il arrache la prod de 3 Freaks avec Turf Talk.

Ce caméléon aliéné de Oakland n’a pas encore réalisé d’album solo acceptable, mais ses explosions au côté du poids lourd E-40, notamment avec le tube Tell me When To Go, prouvent la vivacité du bonhomme.

Rencontre avec l’une des originalités d’un mouvement qui enf(i)le de plus en plus de flow à neutrons : Keak da Sneak, le possédé de la Bay Area.

 

*Tu es au centre du mouvement hyphy, qui d’ailleurs commence à faire de l’ombre aux Sudistes, ce serait quoi ton style ?

Moi, je change de style comme de peau. Depuis la fin des années 90, je change de style tout le temps, tu comprends ? J’emmerde tout le monde et je suis capable de battre tout le monde. Mon style est unique, tu comprends ?

 

*Tu es l’un des premiers à avoir déroulé le tapis hyphy, notamment en 98 avec le titre Cool. Tout le monde en parle encore aujourd’hui…

On me dit tout le temps ça, et ça fait plaisir, mais je ne prendrai pas le crédit du mec qui a commencé tel ou tel mouvement. Moi, je suis d’Oakland, je m’incruste partout et je donne de l’amour aux gens de la Bay.

Par contre, je suis à l’origine avec des potes du mot hyphy. Pour la sémantique, j’ai poussé le truc à fond pour foutre un nom sur notre délire. Au début, on disait qu’on était ‘high & hype’ ou ‘on the high tip’, ensuite ‘highly reactionary’, puis c’est devenu hyphy. Maintenant on est super hyphy’ [rires et gloussements de fou – ndlr], même MTV nous colle au cul.

Le titre Super Hyphy a enfoncé le clou, et personne ne nous délogera. Tu as vu ce qu’a fait E-40 avec son album ?! il a éclaté le marché !

 

« On mélange la snap music et le crunk,
on fout ça dans un shaker
et je défonce les beats avec ma voix. »

 

*Est-ce que ta voix spéciale t’as aidé à te démarquer
des autres MC’s ?

Oui, vraiment. Un peu comme Biz Markie, et les mecs qui ont changé le jeu avec des phases ou des handicaps qu’ils ont transformés en atout, tu comprends ? J’adorais Biz Markie parce qu’il rappait bien et qu’il avait cette voix si spéciale. Big Daddy Kane, Too $hort et E-40 sont aussi des exemples. Ils ont des voix et des styles que tu reconnais direct.

Par contre, on me demande souvent mes textes par écrit (rires). Les gens ne comprennent pas tout ce que je dis car ça frôle souvent le guttural (rires). Mais bon, tant que j’attire l’attention.

J’ai cette voix rauque, mais je me faufile partout, je pose sur n’importe quel son, du moment que la basse qui mène le jeu. J’adore les collaborations, et c’est pour ça que je traîne avec tout le monde.

Mais je dois aussi beaucoup aux producteurs, surtout Rick Rock, avec qui ça marche particulièrement bien.

 

*Qu’est-ce que le hyphy apporte à la scène rap US ?

On apporte de l’énergie qui vient des clubs, tu comprends ? Des strip clubs ! On mélange la snap music et le crunk, on fout ça dans un shaker et je défonce les beats avec ma voix. Nous, quand on rappe, on bouge !

Ça a démarré dans la rue ce truc, on n’a pas bloqué sur les sudistes, et on s’en tape de New York et de L.A aussi. On apporte de la joie et des pleurs, des larmes et des cris, tout en restant funky, en bougeant la tête bien remplie. Tu comprends ?

 

*Tu es spécialiste des featurings, et tu avoues ne pas avoir fait de bon album. Il sort quand celui dont tu seras fier ?

Je peux aussi bien bosser avec DJ Shadow, le Blanc, que E-40, le Noir (rires). Noir et blanc, ying et yang. Je bouge tout le temps. Tu connais mon ancien groupe 3X Crazy ? J’ai toujours été entre la rue et l’or. Je bouge ! 3 Freaks, il est chaud ce morceau, c’est la grosse artillerie Shadow ! Il a des rotations radiophoniques partout, même à New York !

Bon O.K, j’ai fait des merdes par le passé, mais qui n’en a pas fait ? J’ai l’avenir devant moi, j’ai tout juste 28 printemps.

Pour revenir sur mon prochain album, j’ai refusé plusieurs propositions, car j’ai envie de rester indé. Ils n’ont pas assez d’argent pour se payer mon flow, tu comprends ? Je pèse donc je ne vais pas aller donner ma langue à un gros label de merde. J’attends une offre que je ne pourrai pas refuser.

Je vais te dire un truc et tu comprendras mon état d’esprit : sur Tell Me When To Go, j’ai posé en freestyle. J’ai craché mon texte en 10 minutes. Donc, tu vois que ça va aller pour faire un album. T’inquiète, ça va arriver et tu pourras pas passer à côté.

 

 

Propos recueillis par Fred Hanak