Jim X Toyota X Daesh

Le Jim.
Placement de produits

 

Jim gère le skate-shop PULP de Genève, anime le blog ABIA, organise des expositions, collectionne des planches à roulettes, repeint la mini-rampe de son magasin en hommage à Keith Haring, aime les voitures, commente l’actualité de son pays et cultive toutes sortes de lubies, idées saugrenues et autres fixations. Et il a en poche ce petit pique, utilisable en toutes circonstances, pour faire chier, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.

Trublion, grande gueule, homme aux 1000 rumeurs et aux centaines de frasques – au bas mot -, Jim a mis en forme une histoire qui méritait d’être partagée. Il en a profité pour poser les bonnes questions aux bonnes personnes. – SC.

 

_The Geneva Autoshow 2015 : thermomètre dans les fesses

Tout est parti de ces photos circulant sur le net : mais que foutent ces cons avec des Toyota neuves ? Pas une ou deux, mais des centaines, paradant dans les rues des villes occupées. Rutilantes et flamboyantes, elles signent là un message fort de la part de l’État Islamique : « On n’est pas des pauvres crevards dans des vieilles caisses pourries, on vous en met plein la vue. » Un gros badbuzz pour la firme japonaise, fière de son image, soudainement entachée de sang. Et ça n’était pas la première fois.

Faire des caisses fiables, c’est bien. Équiper des groupes terroristes, ça le fait moins.

Habitant dans une mégalopole dédiée à l’automobile deux semaines par an, c’était l’occasion pour moi d’aller poser les questions qui fâchent au Geneva Autoshow. Notre Salon de l’auto, au titre ronflant pour faire mieux, malgré le fait qu’on y parle à 95% suisse-allemand. L’occasion rêvée d’aller foutre un peu la merde avec des questions que personne ne veut entendre, ni même écouter.

Je déambule dans les allées de l’énorme garage, je reconnais le terrain et je commence à interroger. Malgré mon insistance je n’aurai aucunes réponses. On me balade, on me fait miroiter des rendez-vous, on me promet des entrevues. Je me présente, je lâche des dizaines de cartes de visites, mais tous les responsables, marketing managers et autres mecs en cravate avec des titres à rallonge sont soudainement occupés, en rendez-vous, en meetings.

J’attends quatre heures sur le stand, mais plus ça va moins on me parle, plus on m’évite. Car une fois posée la question : « Mais d’où proviennent les véhicules qui équipent l’État Islamique ? », j’ai ressenti un malaise (de la part des autres), et je suis devenu transparent. Dénié.

Pas de soucis, je suis coriace, je reviendrai l’an prochain avec une stratégie nouvelle.

 

 

_The Geneva Autoshow 2016 : morsure à l’oreille

Tenue camouflage intégrale. Impossible de passer inaperçu, l’approche est radicalement différente. Au lieu d’aller demander quoi que ce soit à qui que ce soit, je vais attendre que quelqu’un finisse par venir me parler. Tourner autour des véhicules, être dans le champs des caméras et appareils photos, l’air décidé, l’œil alerte, la connaissance du terrain.

On est tous en mode world premiere : je pose tel un supermodel des 90’s à côté des 4X4 incriminés. Les regards sont suscités, le commercial est ferré. Chez Toyota, c’est un mélange d’inquiétude et de stupéfaction : « Mais c’est qui ce connard ? »

 

travis

 

Souvenez-vous Travis Bickle au meeting du Sénateur Palantine.

Le mec qui dérange, on ne comprend pas vraiment ce qu’il fait là, on n’ose pas l’aborder, on chuchote et on réfléchit. Il ne fait rien de mal, on ne peut pas le virer, mais sa présence fait un peu chier. Le chef envoie finalement un bleu : « Bonjour, je peux vous aider ? – Oui, je représente l’État Islamique et j’aimerais passer une commande. Nous sommes très satisfaits de vos véhicules. Nous avons été conseillés par les rebelles au Tchad qui nous ont vanté vos produits. »

Consternation absolue. Une sorte de vide interstellaire mental s’installe. Est-ce de l’humour, est-il sérieux, qui est-il et, putain, que veut-il ?

« Vous voulez bien nous suivre dans un salon privé ? – Pourquoi je dérange ? pourtant, armer les pires conflits de cette planète depuis plus de trente ans ne semble pas trop vous poser problèmes, ma tenue est de circonstances. »

Nous quittâmes l’interstellaire pour le quantique. La lumière s’éteint dans l’œil torve. En un instant devenir le souffre douleur d’un connard squattant les petits fours et le champagne, la journée prend un mauvais virage. La petite suée, le premier bouton déboutonné, il appelle du renfort. D’autres types encravatés avec des titres encore plus longs sur leurs badges font leur apparition.

Le salon privé fut approprié. Mais le champagne ne coula pas à flot.

Tout juste quelques verres d’eau pour ré-hydrater ces férus de stratégies commerciales mis à mâle [mal / non corrigé pour le style – ndlr] par un militaire du dimanche. Les perles frontales apparaissent, les auréoles souillent les chemises blanches qui devaient pourtant tenir toute la journée. Le vortex venait d’entrer dans la bergerie.

Après deux heures d’une discussion « pseudo confidentielle », je suis reparti avec des réponses.

Des réponses plus ou moins crédibles : on m’a parlé vols de parcs automobiles, pillages d’ONG, de véhicules re-configurés pour l’apparence, d’importations massives d’Australie, des services secrets américains qui étaient sur le coup, de marché noirs florissants avec des traçabilités improbables. Et qu’ils luttaient de toutes leurs forces contre tout ça. Jamais je n’aurais pu penser que la firme pouvait avoir un quelconque lien avec ces groupes terroristes.

Reste que malgré leurs excuses, la seule chose que je constate c’est que les types de l’EI conduisent des Toyota flambantes neuves et que moi, je n’ai même pas reçu une casquette, un stylo ou un porte-clefs !

Enculés !!!

 

Une expérience et un texte menés par Jim Zbinden.
« Photos de Jey Crunch (croisé par hasard une heure après.) »
Bien évidemment on se dédouane totalement de tous les agissements de ce type.
J’aime bien ce qu’il a écrit là.