Booba autopsié #interview #archive #2009

Booba au calme

Auto-psy-canalisé

 

Booba est mort plusieurs fois, il a été Juif, on a enlevé sa mère pour lui extorquer de l’argent et des disques dédicacés, il a fait du poney à 5 ans et n’aurait pas vraiment vécu ce qu’il raconte dans ses textes.

Booba suscite la controverse. Son rap puissant et sans concession, en plus d’une indépendance revendiquée, celle que l’argent lui a apportée, dérangent. Booba fait ce qu’il veut, et il emmerde tout le monde, au nom de la musique. Et il a bien raison.

 

*Pourquoi tu as décidé de vivre aux États-Unis ?

Les États-Unis, j’y vais depuis que je suis adolescent. La première fois, j’avais 14 ans et j’ai fait une année de high school à Detroit. Je n’ai pas pu continuer car je n’en avais pas les moyens financiers. Si j’avais pu je serais resté… C’est un pays que j’aime, surtout pour la culture black, c’est quelque chose qui me parle, je parle souvent de l’esclavage dans mes textes, c’est un sujet qui me touche.

Aux États-Unis, il y a un esprit communautaire important, c’est un peu comme vivre en Afrique, à part qu’il y a moyen de gagner de l’argent. Et il y a la culture musicale, je suis un passionné de musique, là-bas je baigne dedans, donc je suis dans mon élément.

 

*C’est le rêve américain qui t’inspire ?

Non, même pas… Tout est possible là-bas parce que c’est un grand pays, mais je n’y vais pas pour ça. J’y vais pour la vie de tous les jours, je ne suis pas partisan de toucher le million.

 

*Tu l’as déjà touché ici ?!

Ouais… (Sourire.) Le milliard même !

 

*Tu y habites depuis combien de temps ? Quel est ton quotidien là-bas ?

Ça fait pratiquement un an… Mon quotidien, c’est la musique : j’écris, j’enregistre… Je fais aussi du sport, je vais à la piscine… J’ai l’impression d’être un retraité, à part que je fais de la musique !

 

*Tu travaillais plus quand tu étais en France ?

Non, non, c’est une question de cadre, là-bas je suis toujours en débardeur, short et claquettes ! (Sourire.)

 

*Plus besoin d’avoir l’uniforme hip-hop ?

Ha bah si ! Toujours ! Ce n’est pas une question d’uniforme, c’est une culture le hip-hop, je vis dedans, et j’aime les fringues, c’est pour ça que j’ai une marque de vêtements.

 

*C’est un choix définitif l’Amérique ?

Je n’en sais rien, peut-être qu’ensuite j’irai vivre en Inde ! Je fais ce que j’aime. Quand j’ai envie de faire quelque chose et que je peux le faire, je le fais… Si ça me chante d’aller vivre au Brésil plus tard, j’irai vivre au Brésil…

 

*Tu penses quoi de la France en 2009 ?

Je n’y étais pas beaucoup, en France, en 2009. La France, pour moi, c’est ma famille, mes amis, la musique, le business…

 

*Ça reste un pays important à tes yeux ?

Bien sûr, j’ai toutes mes bases ici, je ne crache pas sur la France, je reviens tout le temps… J’habite aux États-Unis comme j’habite en France, je fais des allers-retours, je ne suis pas exilé…

 


*Parlons musique : tu as samplé deux fois le titre de Renaud Mistral gagnant

Exact… La première fois j’étais en indépendant, une petite structure, donc on avait peur de sampler le morceau et de se faire attaquer, de perdre tout notre argent. On l’a rejoué, donc ça ressemblait, mais ce n’était pas tout à fait identique. Quand j’ai été plus connu, avec un nom qui pèse un peu plus, on a fait ça dans les règles, on a demandé l’autorisation d’utiliser l’échantillon qui nous intéressait. C’est l’un de mes morceaux préférés, toutes musiques confondues…

 

*Pourquoi es-tu attaché à ce morceau ?

L’atmosphère que le titre dégage, l’écriture… Je trouve que c’est très bien écrit. C’est tellement bien écrit qu’à chaque fois que je l’écoute et que ça commence, « À m’asseoir sur un banc… », j’ai l’impression d’être assis à côté de Renaud, je vois toute la scène. Ça me parle car c’est aussi ma manière d’écrire, c’est très visuel. J’ai des images, des scènes, des situations dans la tête, et c’est ce que j’essaie de décrire dans mes textes…

 

*C’est une référence pour toi Renaud ?

Oui, Renaud c’est le rappeur que j’écoutais quand j’avais 10 ans ! Quand j’étais petit, j’avais le 45-tours, c’était le blouson noir de l’époque. (Il fredonne.) « J’étais tranquille, j’étais peinard, accoudé au comptoir… » C’est très visuel et c’est ce que j’aime chez un auteur, tu as l’impression d’aller au cinéma quand tu l’écoutes.

 

Booba au calme

*Thomas Ravier a écrit sur toi dans La Nouvelle Revue française ; ça te fait quoi de savoir que tes textes ont une portée littéraire ?

Si on m’apprécie pour mon écriture, ça ne peut que me faire plaisir. Je ne connaissais pas La Nouvelle Revue française, je ne lis pas trop de bouquins. On m’a dit : « Il te compare à Céline… » Moi, je ne savais pas qui était Céline à l’époque. Quand j’ai lu l’article, j’ai été très surpris ; bien sûr il y a quelques erreurs d’interprétation, mais je dirais qu’à 75 %, il a compris ce que je voulais dire. J’ai beaucoup de codes dans mes paroles, des expressions, de l’argot, j’exprime des choses qui ne sont pas forcément compréhensibles pour tout le monde.

Quelque part ça m’a flatté, car je me suis dit que si quelqu’un comme lui pouvait comprendre ce que j’écris, et je crois que l’on ne vient pas du même milieu, ça signifie que mes textes parlent à pas mal de monde finalement. Alors qu’il y a des mecs qui écoutent du rap depuis des années qui ne captent que dalle à ce que je raconte ! C’est ce qui m’a fait plaisir, je me suis dit : « Il a tout compris ! »

 

*Tu ne crois pas justement que ce sont des gars comme lui qui peuvent comprendre tes textes ?

(Rire.) Peut-être que ceux qui ont un BEP ont décroché ! D’ailleurs j’ai un BEP… Moi, je souhaite que tout le monde comprenne. Quand j’écris, je ne réfléchis pas à tout ça, je fais un truc qui me parle à moi. C’est vrai que parfois j’ai des morceaux qui sont très bien accueillis, qui sont des morceaux sur lesquels je ne me suis pas vraiment pris la tête, des morceaux simples… Parfois il ne faut pas vraiment chercher à compliquer les choses, il faut faire simple et précis…

 

*Quel morceau est un morceau « simple » ?

Rat des villes dans « Autopsie 3 » par exemple ; c’est un morceau que j’ai fait en me grattant les fesses (sourire.), et c’est un morceau que tout le monde aime, j’ai des bons retours le concernant…

 


*Quels sont ceux qui t’ont demandé plus de travail ?

Certains morceaux de l’album « 0.9 », les titres Izi monnaie ou 0.9

 

*La perle de Izi monnaie, c’est quand même : « J’ai rêvé que j’étais dans le boule d’Eve, je la baisais sans pote-ca, j’avais le flow d’Eazy-E… »

(Rire.) Des phases comme celle-là, c’est plus réfléchi ! Dans « 0.9 », les morceaux sont plus élaborés…

 

*Tu as planché sur Izi monnaie ?

Je dis que j’ai beaucoup travaillé dessus, mais en vérité c’est le genre de morceau pour lequel je suis inspiré… Parfois ça se déclenche dans mon cerveau, comme si j’étais extralucide, et ça sort. C’est pour ça que ce sont souvent des morceaux sans refrain, car j’écris jusqu’à ce que ça s’arrête. Et je sais que ce sont des morceaux que je ne reprendrai pas plus tard, car je ne serai pas dans les mêmes dispositions. Izi Monnaie, c’est venu d’un coup…

Et pour la phase avec Ève, c’est le genre de rimes que j’ai de côté. Ce sont mes armes secrètes ! Elles sont écrites quelque part, je les mets au frigo et je ne sais pas quand je vais les sortir. Elles peuvent rester un an au chaud, j’attends le bon moment, le bon instru pour les sortir !

 

*Tu en as beaucoup comme celle-là ?!

J’en ai pas mal… (Sourire.)

 

*Tu n’as pas peur du moment où l’inspiration va se tarir ?

Si, tout le temps ! C’est comme l’angoisse de la page blanche des écrivains. Mais je pense que ça revient toujours. C’est vrai que parfois je me dis  « Comment j’ai pu écrire ça ?! » et je me demande si ça va revenir… J’ai fait quatre albums, c’est ce qui me rassure. Tu crois que ça peut s’arrêter, mais je pense que c’est éternel, si tu ne te forces pas… Dans mes textes, je dis toujours la même chose, enfin… ce sont les mêmes thèmes, mais de nouvelles formules, de nouvelles expressions, de nouvelles tournures de phrases.

C’est comme le cinéma, on ne pense pas au fait que les films d’action vont disparaître demain ! Il y a souvent les mêmes histoires, mais ce sont d’autres personnages, d’autres angles de vue, d’autres lumières… Dans le rap, c’est un beat différent, le flow qui change.

 

*Lorsque tu écris, c’est aussi en fonction de la musique ?

Avant, lorsque les beats étaient plutôt linéaires et les rythmiques souvent les mêmes, j’écrivais sur n’importe quel beat. Il y avait moins de sons à l’époque, et on était un peu en retard… Aujourd’hui, il y a des sons bounce, club, lents, mid-tempo ou up-tempo, je suis souvent obligé d’écrire sur le beat.

La musique a évolué, c’est le son qui me fait écrire… Je peux écrire sans musique, mais c’est le son qui déclenche le flow et la mise en scène. Parfois j’ai un bon son, mais ça ne fonctionne pas, j’ai besoin d’avoir un déclic.

 

*Tu as beaucoup travaillé avec les deux producteurs d’Animalsons ; tu les as rencontrés à quel moment ?

Je les ai rencontrés il y a longtemps. Je crois qu’ils travaillaient avec LIM et Mo’vez Lang à l’époque, on avait dû passer à leur studio, on a écouté leur son, puis on a fait des titres avec eux. C’était à la période de Lunatic. Ils ont signé le morceau classique Le crime paie qui a définitivement changé la donne – ndlr], leur son nous correspondait carrément…

Il n’y avait pas beaucoup de gens qui faisaient du son de qualité à ce moment-là, puis il y a eu Internet, les home studios, Pro Tools, les mecs qui font tout chez eux. Aujourd’hui tu vas sur MySpace, et tu ne peux même plus tout écouter !

 

*Tu sais à l’avance dans quelle direction tu vas aller pour tes textes ?

Non, je n’ai jamais d’idée précise, de direction, il faut que j’écoute. C’est comme lorsque je fais un album, c’est la musique le moteur, j’ai besoin d’écouter des beats, j’ai besoin de m’inspirer, de me nourrir, comme un boxeur qui regarde des combats de boxe. Un bon son me motive, un son américain par exemple. Je dis un son américain car en général c’est rarement un son français qui va me motiver.

Parfois, un mec qui sort de nulle part et qui est bon va me donner la pêche. C’est comme si tu étais un boxeur invaincu, tu te dis qu’il n’y a que des nazes, et d’un coup un mec arrive, un nouveau challenger. Moi, j’ai besoin de challenges, sinon je ne suis pas motivé.

 

*Tu as dit que Mehdi était l’un des rares producteurs français dont tu appréciais le travail ; vous avez fait le titre Couleur ébène ensemble, lui-même était flatté de cette collaboration…

Couleur ébène, c’était marrant (sourire), j’ai été surpris de rapper sur un tel son. Ce n’était pas prévu, cette collaboration, j’avais fini « Ouest Side », puis Mehdi m’a donné un CD avec 15 morceaux. Les titres me plaisaient sans plus, sauf un, et ce n’était pas du rap.

J’ai mis du temps avant de pouvoir m’adapter. Un matin je me suis levé, j’ai trouvé un gimmick et j’ai commencé à écrire. J’aime bien ce texte, c’est l’un de mes préférés, il est compliqué…

 

*Tu écoutes ta musique régulièrement ?

Je me gave pendant la période où un album est en préparation, je le passe au peigne fin, et après je l’ai tellement écouté que je passe à autre chose…

 

*Si tu devais choisir un morceau sur chaque album…

Avec Lunatic aussi ? Je choisirais La Lettre, parce que j’aime mon texte, et je ne le referai pas. Je l’ai écrit en prison, il est long et c’était une prise de tête. C’est l’un de mes meilleurs selon moi ; j’aime aussi le texte d’Avertisseur. Dans l’album « Temps mort », je choisirais Indépendant, dans « Panthéon », Commis d’office avec Mala, dans « Ouest Side », Couleur ébène et dans « 0.9 », Izi monnaie ou 0.9

 

*Tu crois au travail ou au talent ?

Aux deux, enfin… certains n’ont pas de talent, mais à force de travail ils y arrivent. Par contre si tu n’as que du talent et que tu ne travailles pas (rire), c’est un drame ! Quand tu as du talent, tu es obligé de travailler…

 


*C’est quoi ta fréquence de travail ?

Je suis toujours plus ou moins en train de travailler, je me penche rarement sur une feuille en me disant : « Je vais bosser. » Parfois je me force, car je sais que ça va sortir, mais je n’aime pas procéder comme ça. Par contre, je ne vais jamais écrire en studio ; moi le studio je le paie de ma poche, donc je n’y vais pas pour fumer des joints ou appeler des potes, comme les mecs qui sont en maison de disques et qui y vont pour chercher de l’inspiration.

Je n’ai pas envie d’y aller pour écouter du son pendant quatre heures et écrire huit mesures sous la contrainte, et me dire le lendemain que c’est de la merde… Le studio, j’y vais pour enregistrer et c’est tout. Je suis tout le temps en train de travailler : ce matin je me suis levé et j’ai écouté des instrumentaux ; dans l’avion, dans la voiture, c’est de l’écoute, mais c’est du travail…

L’écriture c’est tout le temps, je note dans mon téléphone par exemple, et quand je sens que j’ai le déclic, si j’ai fumé par exemple, je ne dis pas que c’est obligatoire, pas du tout, d’ailleurs je fume moins, mais ça peut te faire entrer plus dans la musique et parfois ça déclenche un truc et tu te lâches… pas tout le temps !

Si tu es trop défoncé, tu ne fais rien du tout ! Parfois je suis inspiré, avec ou sans, je sais que ça va sortir et j’écris, puis je sors mes punchlines  du frigo et j’en glisse une ou deux dans le texte ! Celles-là je ne veux pas les gâcher, je ne les lâche pas pour un featuring ! (Rire.) C’est comme des bouteilles de bon vin, il faut les sortir pour les bonnes occasions…

 

*Comment choisis-tu les gens qui vont intervenir sur des titres avec toi ?

Je les choisis parce que j’aime bien leur rap, qu’il s’agisse de gens connus ou pas. Je ne les choisis pas pour leur nom, mais pour leur talent… Je le fais par plaisir et par amour de la musique, et j’entends tellement de merdes à la radio que je préfère aller chercher des mecs bons. Si je peux les pousser, si ça leur sert, tant mieux, sinon tant pis…

 

*Tes coups de cœur du moment ?

Les gens que j’ai mis sur Autopsie 3 : Dosseh, Seth Gueko, Despo… j’aime bien Smoker aussi, et c’est tout je crois…

 

*Tu écoutes du rap français ?

Je n’en écoute pas beaucoup mais je me tiens au courant… ou on me tient au courant. Je suis dedans, donc je prête attention.

 

*On a eu un groupe de hardcore, Kickback, en interview dans le numéro 2, qui a repris ta phrase « Que le hip-hop français repose en paix », pour en faire « Que le hardcore français repose en paix ». Tu revendiques de ne pas appartenir au hip-hop français ?

Ce n’est pas que je ne veux pas appartenir à la famille du hip-hop français, c’est que je ne me reconnais pas dedans. Si j’étais aux États-Unis, je collaborerais sûrement avec plus de gens, parce que là-bas c’est un vrai business, et il y a un certain niveau… En France, les dés sont un peu pipés. Aux États-Unis, de la maison de disques à la promotion, ce sont des gens qui ont une culture hip-hop, qui ont grandi dedans. Ils ont une culture musicale ; en France c’est l’inverse !

Les mecs des maisons de disques n’ont rien à voir avec le schmilblic, ils ne comprennent rien, ils ne savent pas distinguer un bon rappeur d’un mauvais, et ils signent n’importe quoi ! En radio c’est pareil. 70 % de ce qui sort en France ne devrait pas sortir, les mecs n’ont pas le niveau ! Ils devraient vendre leur CD dans la rue, comme aux États-Unis.

Tu aimes ou tu n’aimes pas, mais il y a toujours un minimum de qualité là-bas. Tu ne montes pas sur le ring sans un minimum d’entraînement… En France, tu vas sur les sites Internet de rap, tu as tout et n’importe quoi, de la dégaine au son, du texte au clip ; tout ça n’est pas possible en Amérique : pour eux la musique c’est quelque chose d’important.

Un Kamini, ça n’existe pas aux États-Unis ! Les Français n’ont pas vraiment de culture musicale, c’est plus littéraire, on respecte Brassens. Le hip-hop n’appartient pas à la culture, les rappeurs ça amuse, c’est du « Yo ! Yo ! Yo ! », le rappeur c’est un cliché… Aux États-Unis, un 50 Cent c’est comme Britney Spears, moi je devrais être comme Johnny ! Je devrais être pris au sérieux comme un Johnny Hallyday. En Amérique, une grand-mère connaît In da Club ! C’est le pays de la musique, le jazz, le blues… Ce n’est pas : « Il est rigolo, il passe à la radio, on va le signer ! » Non ! Tu n’as pas le niveau, tu vends tes CD dans la rue…

Un mec qui veut écouter du bon rap français va se taper 15 morceaux ridicules où ça rappe comme en 1990 et ça dit n’importe quoi, sans aucune recherche ni identité dans les sons, sans empreinte vocale, sans style… C’est pour ça que je dis : « Les aigles ne volent pas avec les pigeons… » C’est peut-être prétentieux, mais pour moi c’est comme ça, je ne peux pas chanter avec toi, même si tu es gentil ! Je ne fais pas ça pour rigoler, j’aime faire de la bonne musique, et je ne veux pas gâcher mes textes…

 

*Pourquoi c’est comme ça à ton avis ?

Je crois que c’est depuis Internet, les home studios, tu peux diffuser tes morceaux et faire des clips tout seul. À l’époque, pour aller en studio, il fallait un minimum, du sérieux et de la motivation, ce n’était pas donné à tout le monde. Aujourd’hui, quand je vois la pochette d’un album, je connais l’avenir du gars : il va vendre 2 000 disques, il va refaire un album et va en vendre 1 000… Dans 95 % des cas, ça ne loupe pas. Beaucoup dans le rap français n’ont pas vraiment de culture musicale, et ils crachent sur les Américains.

On dit que je copie les Américains, alors que j’écoute leur musique, comme eux écoutent leur musique ! La musique c’est universel ! C’est propre au rap français tout ça, c’est la mentalité ambiante. On me reproche aussi de rouler en grosse voiture, alors qu’on ne reproche pas à Thierry Henry de rouler en SLR, ou à Johnny d’avoir des jets privés !

 

*Tu souffres de tout ça ?

Non, je n’en souffre pas, je n’en ai rien à foutre, sinon je roulerais en Twingo… On te reproche des trucs aberrants dans le rap, alors qu’on ne va pas reprocher à un rasta d’écouter du reggae de Jamaïque, et de s’en inspirer… Il y a un problème dans le rap en France, et ça n’existe que dans ce milieu.

Certains essaient de se l’approprier, du coup ils n’écoutent plus de rap américain, et ils sont en train de créer un hybride de rap français, dénué de culture, de sens, de groove et de style. Ça ne ressemble plus à rien, c’est un truc d’arriérés…

 

*Tu penses que le rap français ne peut pas se suffire à lui-même ?

Si, il peut se suffire à lui-même, mais ceux qui le font doivent être cultivés musicalement, c’est tout ! Moi, je parle français, je fais du rap français, et un américain peut comprendre ma musique et s’inspirer de ma musique. Quand j’ai utilisé Auto-Tune, on m’a critiqué, et maintenant tout le monde utilise Auto-Tune !

On ne le reproche pas aux chanteurs de raï, pourtant ils utilisent Auto-Tune depuis la nuit des temps ; il n’y a que moi, Booba, qui n’ait pas le droit de le faire ! Le rap français se met lui-même des bâtons dans les roues, il a un complexe d’infériorité.

 

[Cette conversation à eu lieu à Boulogne, dans le petit parc en face du magasin Boulbi – fermé depuis –, quelques jours après la sortie de la mixtape Autopsie 3. Publiée dans le Maelström papier numéro 03 – ndlr.]